Le souverain pontife a posé le pied sur le sol espagnol samedi 6 juin, lançant une visite d'une semaine qui le mènera de Madrid à Barcelone, puis aux îles Canaries. L'accueil officiel s'est déroulé au palais royal de Madrid en présence du roi Felipe VI et de la reine Letizia, avant une incursion dans un centre social de la capitale.

La journée s'est conclue par une veillée de prière aux abords du stade Santiago-Bernabéu, où quelque 400 000 fidèles étaient attendus. Dimanche, près d'un million de personnes sont espérées pour une messe célébrée sur la place de Cibeles, haut lieu symbolique de Madrid.

Première intervention au Parlement

Un autre moment historique est prévu lundi : Léon XIV s'adressera aux députés et sénateurs espagnols. Aucun pape n'avait jusqu'alors prononcé de discours devant les chambres réunies. Le voyage doit également le conduire à Barcelone mercredi, où il bénira la nouvelle tour de la basilique de la Sagrada Familia — devenue l'église la plus haute du monde — et célébrera une messe un siècle exactement après la mort de l'architecte Antoni Gaudí, récemment déclaré « vénérable » par le Vatican.

Un focus sur la tragédie migratoire

Mais c'est vers l'archipel des Canaries que le pape portera une attention particulière en fin de semaine. Cette route migratoire, l'une des plus meurtrières, a vu périr 1 172 migrants en 2025 selon l'Organisation internationale pour les migrations. Léon XIV y rencontrera des exilés et des associations humanitaires, en compagnie du Premier ministre Pedro Sánchez. Une cérémonie d'hommage aux disparus est également programmée.

Le chef du gouvernement espagnol, qui s'est rendu au Vatican fin mai pour préparer ce voyage, a récemment lancé un vaste plan de régularisation de sans-papiers visant un demi-million de personnes. Cette décision, saluée par les milieux progressistes, suscite la colère du Parti populaire et de Vox, formation d'extrême droite devenue la troisième force politique du pays.

Un contexte politique tendu

La visite papale intervient dans une atmosphère politique lourde. Pedro Sánchez est fragilisé par une série de scandales touchant son épouse, son frère, d'anciens hauts responsables socialistes et l'ex-chef du gouvernement José Luis Rodríguez Zapatero. L'opposition réclame sa démission et la tenue d'élections anticipées, mais le dirigeant socialiste, arrivé au pouvoir en 2018 sur une promesse d'assainissement, a jusqu'ici refusé de céder.

Léon XIV, qui avait déjà rencontré Sánchez au Vatican le 27 mai, « arrive dans un pays polarisé où différents acteurs pourraient tenter de tirer parti de sa visite », a souligné le souverain pontife avant son départ. Placée sous le signe de l'immigration et de la justice sociale, cette semaine espagnole confirme l'orientation pastorale du pape, héritée de son prédécesseur François.