L’organisation des Nations Unies a tiré la sonnette d’alarme, vendredi 5 juin, concernant la détérioration rapide de la sécurité alimentaire mondiale sous l’effet de la poursuite du conflit au Moyen-Orient. Selon les experts du Programme alimentaire mondial (PAM), le scénario redouté d’une crise de la faim à l’échelle planétaire est en train de devenir réalité.

Un nombre croissant de personnes privées d’assistance

Le directeur du service d’analyse du PAM, Martin Bauer, a détaillé les projections actuelles. D’ores et déjà, 1,5 million de personnes devraient être privées d’aide alimentaire en 2026. Ce chiffre pourrait grimper à 9 millions si les combats se prolongeaient encore six mois. « Le scénario d’une insécurité alimentaire aiguë et massive se concrétise sous nos yeux », a-t-il résumé.

Ces estimations interviennent alors que la guerre, amorcée il y a deux semaines par une intervention américano-israélienne en Iran, a élargi le périmètre des zones touchées. Déjà, en mars, l’ONU avait estimé que 45 millions de personnes supplémentaires risquaient de basculer dans une insécurité alimentaire sévère.

Gaza, épicentre d’une crise qui s’étend

Dans la bande de Gaza, malgré un cessez-le-feu intervenu entre Israël et le Hamas, la population continue de souffrir de pénuries alimentaires. Les convois humanitaires ne parviennent qu’en quantités limitées à travers les points de passage, et les distributions de repas chauds restent insuffisantes. Des images récentes montrent des files d’attente de Palestiniens munis de récipients vides, témoignant de la persistance de la détresse.

Parallèlement, un accord de cessez-le-feu a été conclu entre Israël et le Liban, conditionné au retrait du Hezbollah. Cette trêve, si elle se confirme, pourrait alléger certaines pressions, mais n’efface pas les dégâts déjà causés sur les chaînes d’approvisionnement régionales.

Des menaces sur l’ensemble de la planète

L’alerte du PAM ne se limite pas au seul Moyen-Orient. L’organisme onusien souligne que la flambée des prix des denrées de base, la perturbation des routes commerciales maritimes et la réduction des budgets d’aide des pays donateurs créent un effet domino. Les régions déjà vulnérables – Afrique de l’Est, Sahel, Asie du Sud – pourraient subir des chocs d’approvisionnement supplémentaires.

Martin Bauer a insisté sur l’urgence d’une action internationale coordonnée. Sans une reprise rapide du financement humanitaire et un accès humanitaire garanti, le nombre de personnes en situation de famine pourrait exploser bien au-delà des 9 millions évoqués.

Un appel à la communauté internationale

Face à cette escalade, les Nations Unies exhortent les belligérants à respecter le droit international humanitaire et à autoriser un passage sans entrave de l’assistance. Le secrétaire général de l’ONU a réitéré son appel à un cessez-le-feu global au Moyen-Orient, condition indispensable pour empêcher l’effondrement des systèmes alimentaires locaux et régionaux.

La communauté humanitaire observe avec inquiétude la réduction des contributions des principaux donateurs, alors que les besoins augmentent. Selon les calculs du PAM, un sous-financement persistant pourrait transformer la crise actuelle en catastrophe humanitaire de long terme.

Les prochains mois seront décisifs : soit la guerre s’apaise et l’aide peut être acheminée massivement, soit elle s’enlise et le monde bascule dans une famine d’une ampleur inédite depuis des décennies.