Les banques centrales du monde entier détiennent désormais davantage d'or que de bons du Trésor américain dans leurs réserves, d'après une étude publiée par la Banque centrale européenne (BCE). Le précieux métal jaune, dont le prix a connu une forte hausse l'année dernière, a ainsi repris une place prépondérante dans les portefeuilles des instituts monétaires.

Les réserves d'or cumulées s'élèvent à environ 36 000 tonnes, un niveau proche de celui observé à l'époque du système de Bretton Woods, où l'or servait de référence centrale pour les changes internationaux. Ce retour en grâce du métal précieux intervient dans un contexte de tensions géopolitiques et de recherche de valeurs refuge.

Cependant, l'étude de la BCE souligne également une tendance contrastée : depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, un nombre croissant de banques centrales choisissent de céder une partie de leurs stocks d'or. Ces ventes visent à soutenir leurs monnaies nationales face à la volatilité et à stimuler leur économie dans un environnement marqué par l'incertitude.

Cette double dynamique – accumulation historique d'un côté, désengagement partiel de l'autre – illustre les stratégies différenciées des autorités monétaires face aux chocs récents. La flambée du cours de l'or a mécaniquement accru la part de ce métal dans les réserves totales, même pour les institutions qui n'ont pas augmenté leurs achats. Mais les besoins de liquidités et de stabilisation monétaire poussent certaines à puiser dans ce bas de laine.

Les données de la BCE confirment ainsi que l'or a dépassé les bons du Trésor américain comme composante principale des réserves de change des banques centrales, un basculement significatif qui reflète à la fois la défiance envers les actifs libellés en dollars et la recherche de diversification. Ce changement de hiérarchie intervient alors que l'or a vu son cours s'envoler l'année dernière, renforçant son attractivité comme actif de réserve.

Paradoxalement, malgré cette prééminence retrouvée, plusieurs banques centrales ont commencé à réduire leurs avoirs en or. La BCE note que cette tendance s'est accentuée depuis l'éclatement du conflit au Moyen-Orient. Les ventes d'or permettent à ces institutions de lever des fonds pour intervenir sur les marchés des changes et soutenir leur devise, ainsi que pour financer des mesures de soutien économique.

Ce mouvement de cession partielle contraste avec les achats massifs observés ces dernières années de la part de nombreuses banques centrales, notamment en Asie et en Europe de l'Est. La guerre au Moyen-Orient a toutefois modifié les priorités, certaines autorités monétaires privilégiant la liquidité immédiate à la détention d'un actif physique.

L'analyse de la BCE met en lumière le rôle ambivalent de l'or dans les réserves des banques centrales : à la fois réserve de valeur en période d'incertitude et source de financement en cas de tensions. Le dépassement des bons du Trésor américain marque une étape symbolique dans l'évolution des réserves mondiales.