Face à la prolifération des plateformes exploitant des données personnelles issues de violations de sécurité, l'exécutif a décidé de passer à l'offensive judiciaire. Le site Searcher, qui permet d'interroger librement des bases de données volées, est désormais dans le viseur du gouvernement.
Un outil au service de l'intrusion
Searcher fonctionne comme un annuaire inversé : en entrant un numéro de téléphone, un nom ou une adresse électronique, l'utilisateur peut obtenir une fiche détaillée sur une personne. Ces informations proviennent de multiples fuites de données, dont certaines des plus importantes des dernières années, comme celle ayant affecté la plateforme de jeux vidéo Steam ou encore le réseau social Facebook. Selon des sources proches du dossier, des centaines de milliers de profils seraient consultables via ce service.
La plateforme se présente sous des allures de service d'information légitime, mais les autorités la considèrent comme une porte ouverte sur la vie privée des citoyens. Les données ainsi mises à disposition peuvent servir à du harcèlement, de l'usurpation d'identité ou encore à des campagnes de phishing ciblées. L'absence de toute restriction d'accès en fait un outil particulièrement dangereux, selon les experts en cybersécurité consultés.
Une saisine en urgence
Le gouvernement a saisi le parquet de Paris afin d'obtenir le blocage immédiat du site sur le territoire français. Cette procédure, fondée sur la loi pour la confiance dans l'économie numérique, permet à l'autorité judiciaire d'ordonner aux fournisseurs d'accès à internet de restreindre l'accès à un contenu illicite. La décision pourrait intervenir dans les prochains jours.
Les services du ministère de l'Intérieur ont également été mobilisés pour identifier les responsables de cette plateforme, qui semble hébergée hors de France, compliquant les démarches de fermeture définitive. Les enquêteurs cherchent à remonter la chaîne de collecte et de mise à disposition de ces données, afin de poursuivre pénalement les personnes impliquées dans ce trafic.
Un précédent judiciaire
Cette action s'inscrit dans une série de mesures prises par les autorités françaises contre les « lookups » — ces moteurs de recherche de données personnelles — qui se multiplient depuis environ deux ans. En 2025, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) avait déjà mis en demeure plusieurs opérateurs de cesser de diffuser des données issues de violations de données. Mais face à l'absence de réaction de certains d'entre eux, le gouvernement a choisi la voie judiciaire.
Le cas de Searcher est emblématique : il agrège les données de multiples fuites et les rend consultables sans aucune vérification d'identité. Les internautes peuvent ainsi, en quelques clics, obtenir des informations sensibles comme des mots de passe ou des coordonnées bancaires.
Des implications pour la protection des données
Cette affaire relance le débat sur l'efficacité du Règlement général sur la protection des données (RGPD) face à des acteurs situés hors de l'Union européenne. Si Searcher est basée dans un pays tiers, les mesures de blocage nationales pourraient se révéler insuffisantes, et les autorités françaises comptent sur la coopération internationale pour démanteler ce réseau.
Le gouvernement a d'ores et déjà indiqué qu'il ne s'arrêterait pas à ce seul site. D'autres plateformes similaires sont dans le collimateur des services de l'État, qui entendent tarir la source de ce marché illicite.
Une vigilance citoyenne de mise
En attendant une décision de justice, les experts recommandent aux internautes de vérifier régulièrement si leurs données personnelles ont fuité, via des services comme Have I Been Pwned. Ils conseillent également de changer ses mots de passe et d'activer l'authentification à deux facteurs sur tous les comptes sensibles.
L'ampleur du phénomène reste difficile à mesurer, mais les spécialistes estiment que des centaines de millions de données circulent illégalement sur le web. La lutte contre ces moteurs de recherche sauvages devient un enjeu majeur de protection de la vie privée à l'ère numérique.