Bruxelles a ordonné à Meta de rétablir, sous cinq jours ouvrables, l'accès de ses concurrents spécialisés dans l'intelligence artificielle à l'interface de programmation WhatsApp for Business, selon une décision rendue publique ce mardi. La Commission européenne justifie cette injonction par la nécessité d'éviter un préjudice « grave et irréparable » à la concurrence sur le marché en pleine expansion des assistants virtuels.

Une mesure conservatoire dans le cadre d'une enquête antitrust

Cette décision fait suite à l'ouverture d'une enquête en décembre 2025, après que Meta a interdit aux assistants IA généralistes tiers d'utiliser l'API payante de WhatsApp. Bruxelles considère que ce comportement pourrait constituer un abus de position dominante de la part du groupe californien sur les marchés européens.

La Commission précise que Meta doit appliquer les mêmes conditions tarifaires et techniques que celles en vigueur avant le blocage. L'injonction restera en vigueur jusqu'à la conclusion de l'enquête au fond. « Dans des marchés qui évoluent rapidement, la concurrence peut être perdue bien avant qu'une décision finale ne soit adoptée », a déclaré Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission chargée de la transition propre, juste et compétitive. « C'est pourquoi ces mesures provisoires resteront en place pendant toute la durée de l'enquête. »

Une menace de 10 % du chiffre d'affaires

Si Meta ne se conforme pas à cette injonction dans le délai imparti, Bruxelles prévient qu'elle pourra lui infliger une amende pouvant atteindre 10 % de son chiffre d'affaires total annuel. Une sanction qui, appliquée au groupe dirigé par Mark Zuckerberg, représenterait plusieurs milliards d'euros.

La réaction virulente de Meta

Meta a immédiatement dénoncé ce qu'elle qualifie d'« excès de pouvoir réglementaire ». Dans un communiqué, l'entreprise affirme que cette décision permet à des acteurs comme OpenAI et « certaines des plus grandes entreprises du monde » d'utiliser gratuitement le service WhatsApp for Business, normalement payant. « C'est un excès de pouvoir réglementaire subventionné par les nombreuses entreprises européennes qui paient », a-t-elle déclaré, ajoutant qu'elle fera appel de cette décision.

Tensions croissantes entre Bruxelles et la Silicon Valley

Ce conflit s'inscrit dans une série de contentieux entre les régulateurs européens et les géants technologiques américains. L'année dernière, Meta avait déjà mis en garde contre une « expérience détériorée » pour les utilisateurs européens en raison des réglementations de l'UE. Parallèlement, l'administration Trump a accusé Bruxelles et d'autres juridictions de cibler injustement les entreprises américaines.

La Commission, de son côté, affirme agir dans l'intérêt des consommateurs face à des pratiques qu'elle juge anticoncurrentielles. Cette affaire illustre la volonté de l'UE de réguler les plateformes numériques dominantes, en utilisant notamment les pouvoirs du nouveau règlement sur les marchés numériques (DMA).