Bruxelles a franchi une nouvelle étape dans sa politique commerciale à l'égard de la Chine en supprimant l'exemption de droits de douane dont bénéficiaient jusqu'ici les colis de faible valeur. Désormais, chaque petit paquet en provenance de Chine d'une valeur inférieure à 150 euros sera soumis à un prélèvement de 3 euros. Cette décision, officialisée cette semaine, vise à lutter contre ce que l'Union européenne considère comme une concurrence déloyale et à empêcher l'entrée sur le marché européen de produits ne respectant pas ses normes de sécurité.
Parallèlement, les autorités européennes et chinoises sont convenues de renforcer la surveillance des flux commerciaux bilatéraux et d'améliorer l'accès de l'UE aux matériaux de terres rares, essentiels pour de nombreuses industries de haute technologie. Cet accord intervient dans le cadre de discussions plus larges visant à apaiser les tensions commerciales entre les deux puissances.
Chaque jour, environ 16 millions de petits colis de faible valeur arrivent dans l'Union européenne, dont 91 % proviennent de Chine. Ces envois sont majoritairement issus de plateformes de vente en ligne chinoises comme Temu, Shein ou AliExpress, qui ont conquis une part importante du marché européen grâce à des prix très bas. Jusqu'à présent, les colis d'une valeur inférieure à 150 euros étaient exonérés de droits de douane, ce qui représentait un manque à gagner considérable pour les finances publiques.
Alexander von Preen, président de la Fédération allemande du commerce de détail (HDE), a vivement critiqué ces pratiques. « Temu et Shein ne respectent souvent pas les exigences légales et réglementaires, introduisent sur notre marché des produits dangereux qui peuvent présenter des risques pour la santé, et poussent de nombreux détaillants nationaux au bord de la faillite », a-t-il déclaré. Selon lui, l'exemption de droits a coûté au moins 400 millions d'euros par an aux caisses publiques.
Justyna Szczudlik, analyste spécialiste de la Chine à l'Institut polonais des affaires internationales (PISM), a également mis en garde contre les risques liés à la protection des données, aux violations de la propriété intellectuelle et à d'autres dérives potentielles associées à l'afflux massif de ces produits.
La progression des géants chinois du e-commerce ne se dément pas. En 2025, Temu a dépassé Allegro pour devenir la plateforme la plus visitée en Pologne, selon les données de Mediapanel. Cette ascension illustre la rapidité avec laquelle ces acteurs s'imposent sur le marché européen, au grand dam des commerçants locaux.
En adoptant ces nouvelles mesures douanières tout en poursuivant le dialogue bilatéral sur les terres rares, Bruxelles semble vouloir concilier fermeté commerciale et coopération stratégique avec Pékin, alors que les relations économiques entre les deux blocs restent marquées par des tensions croissantes.