La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran pèse lourdement sur l'économie mondiale, qui devrait connaître en 2026 sa plus faible croissance depuis la pandémie de Covid-19. C'est le constat dressé par la Banque mondiale dans son rapport « Perspectives économiques mondiales », publié jeudi 11 juin.
L'institution basée à Washington a réduit sa prévision de croissance pour l'année en cours de 0,4 point de pourcentage, pour la fixer à 2,5 %, contre 2,9 % en 2025. Elle avait déjà abaissé ses projections lors de son précédent exercice en janvier. Ce ralentissement est attribué à l'envolée des prix de l'énergie, à la résurgence de l'inflation et à la hausse des coûts d'emprunt, consécutives au conflit déclenché fin février par une offensive aérienne américano-israélienne.
Selon la Banque mondiale, le cours du Brent, référence internationale du pétrole brut, devrait atteindre en moyenne 94 dollars le baril cette année, soit 36 % de plus que la moyenne de l'année passée. Les prix des engrais sont également attendus en forte hausse, avec des répercussions directes sur le coût des denrées alimentaires. La fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran, en réponse aux hostilités, perturbe gravement le transit maritime de cette voie stratégique par laquelle transite une part significative du pétrole et du gaz mondiaux.
Une inflation qui repart à la hausse
Après plus de quatre années d'inflation persistante, le conflit provoque une nouvelle flambée des prix. La Banque mondiale projette un taux d'inflation mondial de 4 % en 2026, contre 3,3 % l'année précédente. Cette augmentation est tirée par une hausse de 22 % des prix des matières premières, alors que ces derniers étaient attendus en baisse en début d'année.
Le rapport met en garde contre un scénario plus sombre encore : si les perturbations des approvisionnements venaient à s'aggraver, la croissance mondiale pourrait chuter à 1,3 % et l'inflation atteindre 4,4 %. Les pays en développement sont particulièrement vulnérables, souligne l'institution, qui a déjà revu à la baisse ses prévisions de croissance pour les deux tiers des nations étudiées.
« Les pays en développement ont été confrontés à une série de défis au cours de la dernière décennie », a déclaré Ajay Banga, président du Groupe de la Banque mondiale. « L'impact varie selon les pays, mais l'épreuve fondamentale est la même : protéger les populations et préserver la stabilité aujourd'hui, sans renoncer à la croissance et à l'emploi demain. »
Un risque d'escalade supplémentaire
Le contexte géopolitique reste extrêmement tendu. La trêve fragile entre Washington et Téhéran est mise à rude épreuve, et le conflit menace de s'intensifier. Le président américain, Donald Trump, a menacé de nouvelles frappes et d'une prise de contrôle des infrastructures énergétiques iraniennes. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, il a écrit : « À un moment donné, dans un avenir pas trop lointain, nous prendrons l'île de Kharg ainsi que d'autres points d'infrastructure pétrolière, et nous assumerons le contrôle total de leurs marchés pétrolier et gazier, un peu comme nous l'avons fait avec le Venezuela. »
La Banque mondiale s'est engagée à aider les pays en développement touchés par les retombées économiques du conflit. Elle indique avoir mis de côté jusqu'à 60 milliards de dollars à cet effet et précise que ce montant pourrait être porté à 100 milliards de dollars si la crise perdurait.
Des perspectives à moyen terme assombries
Pour 2027, l'institution table sur une légère amélioration de la croissance mondiale, à 2,8 %, un niveau toutefois inférieur de 0,4 point à la moyenne des années 2010, période de reprise après la crise financière mondiale. Elle constate également que, hors Chine et Inde, les pays en développement n'ont que peu progressé dans la réduction de l'écart de revenu par habitant avec les nations riches au cours de la dernière décennie.