Un projet d'État tampon "Wallonia" jamais sérieusement étudié

Le long-métrage "La Bataille de Gaulle", sorti le 26 juin, dépeint des tensions vives entre le général de Gaulle et le président Franklin Roosevelt. L'intrigue suggère que Washington aurait projeté, à la Libération, d'instaurer un gouvernement militaire allié sur le territoire français et de créer un État séparé baptisé "New Wallonia". Cette représentation a suscité des interrogations sur la réalité historique de tels plans.

Les spécialistes consultés sont unanimes : l'idée d'un État tampon entre la France et l'Allemagne, évoqué sous le nom de "Wallonia", n'a jamais fait l'objet de préparatifs concrets. Le chercheur Gérald Arboit, spécialiste d'histoire du renseignement et de diplomatie, précise que Franklin Roosevelt n'en a parlé que lors de conversations informelles, entre juin 1942 et mars 1943, avec des responsables luxembourgeois ou britanniques. Face à ces derniers, la proposition aurait été accueillie avec moquerie. Aucun document officiel ni aucun plan opérationnel n'a été retrouvé dans les archives.

L'AMGOT : une option opérationnelle rapidement abandonnée

Le dispositif de l'AMGOT (gouvernement militaire allié des territoires occupés) a, quant à lui, été véritablement élaboré par l'état-major américain. Il prévoyait de placer les zones libérées sous administration militaire alliée, le temps de rétablir l'ordre et d'organiser les approvisionnements. Ce scénario, comme le rappelle l'historien Olivier Wieviorka, était une mesure de contingence classique, similaire à celles appliquées en Italie ou en Allemagne.

Cependant, ce plan n'a jamais été mis en œuvre en France. Dès le débarquement de Normandie, les autorités militaires américaines ont progressivement reconnu l'autorité du Comité français de libération nationale dirigé par le général de Gaulle. La raison tient en partie à l'efficacité politique de ce dernier, qui a su s'imposer comme l'interlocuteur légitime aux yeux des Alliés, mais aussi à la volonté de Roosevelt d'éviter une administration directe coûteuse et risquée.

Un mythe entretenu par la mémoire gaullienne

La thèse d'une volonté américaine de démembrer la France a longtemps circulé dans les récits gaullistes. Elle nourrit l'image d'un général de Gaulle seul défenseur de la souveraineté nationale face à un allié hégémonique. Les archives américaines ne confirment pourtant aucun plan de partition systématique. Les discussions sur "Wallonia" sont restées des échanges informels, sans suite.

Le film d'Antonin Baudry, en choisissant de dramatiser ces hypothèses, s'inscrit dans une tradition cinématographique qui prend des libertés avec l'histoire pour servir un propos narratif. Les historiens interrogés soulignent que, si les relations entre Roosevelt et de Gaulle furent effectivement conflictuelles, jamais le président américain n'a sérieusement envisagé de faire de la France une colonie ou un protectorat.