Les promesses d’une batterie à l’état solide capable de révolutionner le transport électrique s’effondrent. Une enquête détaillée pilotée par le chercheur Ziroth, s’appuyant sur les analyses de plus de vingt spécialistes des batteries, dont Julian Zanau (Institut Fraunhofer), le Dr Yahim San (Université Justus-Liebig), Tom Bicha (Leona) et le Dr Yuo Hesca (Université des sciences appliquées de Seinäjoki), apporte ce qui est présenté comme une preuve définitive : la cellule présentée comme une batterie sodium-ion à l’état solide par Donut Lab est en réalité une batterie lithium-ion classique.

L’enquête révèle deux éléments de preuve cruciaux. D’une part, les courbes de tension issues de tests réalisés par VTT correspondent parfaitement à celles de batteries lithium-ion à haute teneur en nickel (chimie NCM). La tension de la cellule se situe entre 3,7 et 3,8 volts à 50 % de charge, une valeur caractéristique du lithium-ion, alors que les batteries sodium-ion ne dépassent pas significativement 3,5 volts dans les mêmes conditions. D’autre part, les données de dilatation de la cellule pendant la charge présentent une « cassure » distincte entre 50 % et 70 % de charge, signe typique d’une anode en graphite. Ce comportement est propre aux batteries lithium-ion ; il n’existe pas dans les technologies sodium-ion.

L’enquête de Ziroth retrace également l’origine de la technologie. Celle-ci serait dérivée de travaux menés par une société allemande nommée CT Coatings. L’investigation met en lumière un réseau de sociétés protégées par des accords de confidentialité agressifs, rendant difficile la traçabilité des composants. Ces éléments corroborent les doutes exprimés depuis des mois par plusieurs observateurs.

Des levées de fonds sur des bases contestées

Donut Lab avait créé une onde de choc lors du CES 2026 en affirmant avoir mis au point une batterie à l’état solide affichant une densité énergétique de 400 Wh/kg, une durée de vie de 100 000 cycles et une recharge en cinq minutes. Forte de ces annonces, la start-up avait levé environ 25 millions de dollars auprès de plus de 1 300 investisseurs, en majorité des particuliers.

Dès le départ, les promesses de Donut Lab avaient suscité un fort scepticisme. Fin janvier, le directeur général de l’entreprise, Marko Lehtimäki, avait été interrogé et mis en garde sur le risque de perdre toute crédibilité si les spécifications n’étaient pas tenues. Les premiers signaux d’alarme étaient apparus en mars, lorsque cinq tests indépendants menés par VTT n’avaient fourni aucune donnée sur la densité énergétique ou la durée de vie annoncées. Puis, en avril, un lanceur d’alerte — l’ancien directeur commercial de Nordic Nano — avait affirmé que les spécifications n’avaient jamais été atteintes, ce que Donut Lab avait démenti.

Des experts unanimes

La conclusion des experts consultés par Ziroth est sans appel : la cellule testée est une batterie lithium-ion standard. L’un d’eux, interrogé dans le cadre de l’enquête, a indiqué que « les preuves électrochimiques sont accablantes ». Aucun des spécialistes n’a confirmé les caractéristiques revendiquées par Donut Lab.

Cette affaire soulève des questions sur la vérification des innovations technologiques et la protection des investisseurs particuliers. Alors que la start-up n’a pas encore commenté les résultats de cette enquête, les conséquences pour sa crédibilité et pour ses soutiens financiers pourraient être considérables.