La Banque centrale européenne (BCE) a contraint l'été dernier la filiale européenne de Revolut à revoir l'ensemble de ses processus d'approbation de nouveaux produits, une mesure qui a temporairement gelé les lancements dans l'Espace économique européen. Selon des personnes informées de la décision, l'institution de Francfort a estimé que la fintech, valorisée 75 milliards de dollars à l'occasion d'une cession de titres intervenue peu après, présentait des « déficiences » dans ses mécanismes de contrôle.
Des restrictions inédites
Les limitations, qui n'avaient pas été rendues publiques jusqu'à présent, ont été notifiées au conseil d'administration de la banque en ligne en juillet 2025. La BCE a notamment exigé qu'un cabinet externe évalue les fonctions juridiques, de conformité et de gestion des risques associées au lancement des produits. L'audit devait également porter sur les effectifs, les compétences et l'indépendance des équipes en charge de ces validations.
L'autorité monétaire a en outre imposé que toute nouvelle offre soit obligatoirement approuvée par des experts internes, et a enjoint au conseil d'administration d'analyser l'incidence de chaque lancement sur la liquidité et les fonds propres du groupe. Des contraintes plus sévères ont concerné les activités hors de l'Espace économique européen : interdiction d'ouvrir de nouveaux comptes clients ou de réaliser des acquisitions d'entreprises.
Une stratégie remise en question
Ces mesures touchent directement la philosophie impulsée par Nik Storonsky, cofondateur et directeur général de Revolut. Ce dernier a parfois comparé ses équipes à des « missiles autoguidés » — formule qu'il emploie pour décrire une culture d'entreprise où les salariés sont incités à développer et à commercialiser des produits avec une supervision limitée. Cette approche a permis à la société londonienne de devenir en un peu plus de dix ans la fintech la mieux valorisée d'Europe, dépassant en valeur boursière de nombreux établissements bancaires traditionnels. M. Storonsky, qui détient près de 30 % du capital, figure parmi les plus grandes fortunes du Royaume-Uni.
Un dialogue permanent avec les régulateurs
La branche européenne de Revolut est placée sous la supervision conjointe de la BCE et de la Banque de Lituanie, qui lui avait octroyé sa licence bancaire européenne en 2018. Un proche de l'entreprise a indiqué que les procédures internes de validation des produits avaient été renforcées depuis l'été 2025, avec une meilleure revue interne des initiatives. Il n'est pas établi si l'ensemble des restrictions ont été levées. Depuis cette période, Revolut a néanmoins lancé des prêts hypothécaires, des comptes pour adolescents et ouvert des agences dans plusieurs pays européens, tout en élargissant sa clientèle. Dans une déclaration officielle, la société a affirmé entretenir un « dialogue continu et constructif » avec les autorités de régulation et garantir « les plus hauts standards de gouvernance et de gestion des risques ».