La Banque centrale européenne (BCE) s'apprête à relever ses taux d'intérêt lors de sa réunion de politique monétaire ce jeudi, une décision jugée quasi certaine par les observateurs. L'institution cherche à contrer le regain d'inflation alimenté par la guerre au Moyen-Orient, qui menace de provoquer un « choc d'inflation à retardement », selon les termes employés par plusieurs économistes.

Un resserrement monétaire attendu

Les marchés financiers et les analystes anticipent une hausse du taux de référence de la BCE. « Toute autre décision serait une grande surprise », a estimé un spécialiste des politiques monétaires interrogé ce week-end. L'institution de Francfort, qui avait déjà entamé un cycle de resserrement en 2022, se trouve sous pression pour agir face à une inflation qui pourrait s'accélérer sous l'effet de l'envolée des prix de l'énergie et des matières premières liée au conflit au Proche-Orient.

Le conflit au Moyen-Orient, moteur de l'inflation

La guerre entre Israël et le Hamas, qui perdure depuis plusieurs mois, a provoqué une volatilité sur les marchés pétroliers et gaziers. Les craintes d'une perturbation des approvisionnements en provenance de la région, couplées à une demande mondiale toujours soutenue, ont fait grimper les prix du brut. Cette hausse se répercute sur les coûts de production et, in fine, sur les prix à la consommation. Plusieurs économistes redoutent que cet effet ne se manifeste pleinement dans les mois à venir, créant un « choc d'inflation à retardement » que la BCE chercherait à anticiper en relevant ses taux dès maintenant.

Un dilemme pour les gardiens de l'euro

Cette décision intervient dans un contexte économique européen fragilisé. La zone euro connaît une croissance atone, voire une récession dans certains États membres. Une hausse des taux, si elle vise à juguler l'inflation, risque également de freiner davantage l'activité économique en renchérissant le coût du crédit pour les entreprises et les ménages. La BCE doit donc naviguer entre deux impératifs : contenir la hausse des prix et ne pas étouffer la reprise. Pour l'heure, le risque inflationniste lié au conflit moyen-oriental semble l'emporter dans l'analyse de l'institution.

Un cycle de hausse déjà bien entamé

La BCE avait déjà relevé ses taux à plusieurs reprises depuis juillet 2022, sortant d'une longue période de taux négatifs. Le taux de dépôt, qui sert de référence, était passé de -0,5 % à 4 % en plusieurs étapes. La hausse annoncée ce jeudi s'inscrirait dans la continuité de cette politique, même si l'institution avait laissé entendre, lors de sa précédente réunion, qu'elle pourrait marquer une pause. L'évolution de la situation géopolitique et ses conséquences sur les prix de l'énergie ont toutefois modifié la donne.

Les regards tournés vers Francfort

Les annonces de la présidente de la BCE, Christine Lagarde, jeudi après-midi, seront scrutées de près. Le communiqué qui accompagnera la décision devrait préciser les perspectives de l'institution pour les mois à venir. Les investisseurs chercheront à savoir si cette hausse est ponctuelle ou si elle annonce un nouveau cycle de resserrement. Dans un climat d'incertitude géopolitique et économique, la communication de la banque centrale sera aussi importante que la mesure elle-même.