Dimanche, en marge du sommet de la Cédéao réuni à Freetown, le président de l’organisation, Julius Maada Bio, a officialisé la conclusion d’un accord pour la construction du gazoduc Afrique de l’Ouest-Maroc (NMGP). Ce projet, dont les discussions s’étendent sur une dizaine d’années, franchit ainsi une étape décisive avec la signature de l’ensemble des États membres.
Un tracé de 6 000 kilomètres L’infrastructure, dont la longueur est estimée à environ 6 000 km, traversera treize pays de la façade atlantique africaine. Partant du Nigeria, premier producteur de gaz du continent, le pipeline reliera successivement le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Gambie, le Sénégal, la Mauritanie, avant d’atteindre le Maroc. Au terme de son parcours, il sera raccordé au gazoduc Maghreb-Europe, ouvrant la voie à des exportations massives vers le marché européen.
Un projet mûri pendant une décennie L’idée d’un tel gazoduc a été évoquée pour la première fois en 2016, portée par les dirigeants nigérian et marocain. Les études de faisabilité et les négociations diplomatiques se sont succédé, butant sur des enjeux de financement, de sécurité et de coordination régionale. L’approbation obtenue à Freetown marque un tournant concret, bien que le calendrier de réalisation et le montant total des investissements n’aient pas encore été précisés. Les observateurs estiment que le chantier pourrait s’étaler sur plusieurs années et nécessiter des dizaines de milliards de dollars.
Des implications économiques et géopolitiques majeures Pour les pays traversés, le NMGP représente une opportunité de développement énergétique, d’accès à une ressource abondante et de recettes fiscales. Il renforce également l’intégration régionale en offrant une infrastructure commune reliant des États aux profils économiques variés. Sur le plan international, ce gazoduc offre une nouvelle route d’approvisionnement pour l’Europe, en quête de diversification de ses sources après les perturbations liées au conflit ukrainien. Le gaz naturel nigérian, dont les réserves figurent parmi les plus importantes d’Afrique, pourrait ainsi atteindre le marché européen sans passer par les zones de tension traditionnelles.
Les prochaines étapes Si l’accord politique est acquis, des étapes techniques et financières demeurent. La mobilisation des investisseurs, la sécurisation des tracés et le respect des normes environnementales constitueront les principaux défis. Les autorités de la Cédéao ont indiqué que des réunions de suivi seront organisées pour définir un plan de mise en œuvre. Le sommet de Freetown a néanmoins donné un signal fort : après des années de gestation, le gazoduc Nigeria-Maroc entre dans sa phase opérationnelle.