Alors que la Coupe du monde 2026 débute ce jeudi sur le continent nord-américain, une menace imprévue s'invite sur les pelouses : la chaleur extrême. Depuis la dernière édition du tournoi organisée en Amérique du Nord en 1994, la planète s'est réchauffée d'environ 0,7 degré Celsius. Selon des données scientifiques, la fréquence des épisodes de chaleur accablante en juin et juillet a en moyenne triplé dans les dix villes hôtes qui avaient déjà accueilli des matchs de Coupe du monde.

Un quart des matchs sous haute température

L'initiative de recherche climatique World Weather Attribution (WWA), basée à l'Imperial College de Londres, estime qu'environ vingt-six des cent quatre matchs de la compétition pourraient être exposés à des conditions susceptibles d'entraîner un stress thermique. La mesure utilisée, l'indice de température au thermomètre globe mouillé (WBGT), évalue la capacité du corps à se refroidir. Selon WWA, une vingtaine de rencontres pourraient atteindre un indice d'au moins 26°C WBGT, tandis que cinq matchs devraient se dérouler dans des conditions égales ou supérieures à 28°C WBGT.

Parmi ces vingt-six matchs à risque, dix-sept se tiendront dans des stades équipés de systèmes de climatisation, ce qui réduit les dangers pour les joueurs et le public. Toutefois, plus d'un tiers des rencontres présentant une probabilité d'un sur dix de dépasser le seuil des 26°C WBGT se dérouleront dans des enceintes dépourvues de refroidissement artificiel.

Des équipes confrontées à la canicule

Des images de joueurs européens, habitués à des climats plus tempérés, luttant contre la chaleur lors des entraînements ont circulé sur les réseaux sociaux ces derniers jours. L'équipe de Norvège a notamment eu recours à des colliers réfrigérants autour du cou lors d'un match amical contre le Maroc. De son côté, la sélection anglaise s'est entraînée sous le soleil de Miami pour tenter de s'acclimater aux conditions qui l'attendent. Le capitaine anglais, Harry Kane, a cependant minimisé l'impact de la chaleur, affirmant qu'elle « ne sera pas un facteur » grâce au programme de préparation de son équipe.

Des appels à renforcer les mesures de sécurité

Le mois dernier, un collectif de vingt-et-un scientifiques, comprenant des physiologistes et des experts du climat, a adressé une lettre à la Fédération internationale de football association (FIFA), l'instance dirigeante du sport. Dans ce courrier, ils jugent les directives actuelles de la FIFA en matière de chaleur « insuffisantes » et « impossibles à justifier ». Ils exhortent l'organisation à accorder aux joueurs des pauses plus longues et à mettre en œuvre des mesures de refroidissement « agressives » dans les vestiaires.

Un précédent au Qatar

L'édition précédente de la Coupe du monde, organisée au Qatar en 2022, avait été programmée pendant les mois d'hiver, en partie pour éviter des températures caniculaires. Le choix des dates souligne la prise de conscience croissante des risques liés à la chaleur dans le football de haut niveau.

Conséquences physiologiques et avantages potentiels

Le stress thermique, causé par une humidité élevée, l'exposition au rayonnement solaire et les effets du vent, rend plus difficile le refroidissement du corps, la sueur s'évaporant moins vite. Raiyan Abbasi, préparateur physique ayant travaillé pour des clubs britanniques comme Swansea et West Ham, ainsi que pour la sélection pakistanaise, explique que la transpiration excessive peut entraîner déshydratation, crampes et fatigue accrue. Il estime que la majorité des athlètes seront capables de gérer ces conditions grâce à un encadrement médical et à des phases d'acclimatation.

Les nations dont les joueurs évoluent habituellement dans des climats chauds pourraient bénéficier d'un léger avantage, selon Abbasi. Il relativise toutefois : « Les pays qui se préparent bien et qui performent peuvent réduire au minimum cette différence. » Il ajoute même que la chaleur peut être un facteur positif : « La chaleur est un élément important dans la formation de bons athlètes ; une façon d'améliorer ses capacités athlétiques est de s'entraîner dans la chaleur. Elle peut entraîner de grandes adaptations dans le corps pour améliorer la température corporelle. »