L'administration nationale des produits médicaux de la Chine a accordé en mars dernier une autorisation de mise sur le marché à un implant cérébral invasif, le NEO, conçu par la start-up Neuracle Technology en collaboration avec des chercheurs de l'université Tsinghua de Pékin. Ce feu vert constitue une première mondiale pour un dispositif de ce type, ouvrant la voie à une utilisation clinique au-delà des essais expérimentaux.

Un dispositif destiné aux tétraplégiques

L'implant, de la taille d'une pièce de monnaie, est placé sur la dure-mère, l'enveloppe protectrice du cerveau, et non dans le cortex lui-même. Il capte les signaux neuronaux et les transmet à un ordinateur, lequel les convertit en commandes pour des dispositifs d'assistance, comme un gant robotique. Selon les termes de l'autorisation délivrée par l'administration nationale des produits médicaux, le NEO est destiné aux patients âgés de 18 à 60 ans souffrant d'une paralysie complète des membres due à une lésion de la moelle épinière, mais conservant une certaine fonction résiduelle des bras.

Le parcours d'un patient

L'un des premiers bénéficiaires de cette technologie est Dong Hui, 39 ans. Victime d'un accident de voiture il y a six ans, il était paralysé du cou aux pieds. En novembre 2024, il a reçu l'implant NEO dans le cadre d'un essai clinique, après avoir vu à la télévision un autre patient paralysé retrouver l'usage de sa main. Au bout de neuf jours de rééducation, il a réussi à saisir une balle sans l'aide du gant robotique. En octobre dernier, assis dans la cour de sa maison dans la province du Henan, il a réussi à écrire son nom, « Merci », et la date. Il poursuit aujourd'hui son entraînement à domicile, espérant pouvoir manger et s'habiller seul.

Un processus d'approbation accéléré

Plusieurs facteurs expliquent la rapidité de cette autorisation. Le caractère « relativement moins invasif » du NEO, dont les huit capteurs reposent sur la membrane protectrice du cerveau sans pénétrer le cortex, a réduit les risques d'hémorragie et de cicatrisation gliale, ce qui a facilité l'examen réglementaire, explique Avinash Singh, chercheur en interfaces cerveau-machine à l'université de technologie de Sydney. Par ailleurs, la Chine a inscrit les interfaces cerveau-machine parmi les secteurs stratégiques de son plan quinquennal, publié le même jour que l'approbation du NEO. Ce soutien gouvernemental a permis d'accélérer les essais cliniques et la mise en production.

Vers une intégration dans le système de santé

Peu après l'approbation, les autorités chinoises ont attribué au NEO un code d'assurance maladie, une première étape vers un remboursement partiel pour les patients éligibles. Wang Shouyan, neuroscientifique à l'université Fudan de Shanghai, estime que cette décision marque le passage des interfaces cerveau-machine de la recherche en laboratoire à une production à grande échelle et à un usage clinique. Pour Dong Hui, cette avancée signifie que « des milliers de patients souffrant de lésions médullaires en Chine, torturés chaque jour par le désespoir, pourront retrouver espoir et changer leur vie ». Cependant, certains experts notent que les réactions du public diffèrent selon les pays. Meicen Sun, chercheuse en sciences de l'information à l'université de l'Illinois à Urbana-Champaign, observe qu'en Chine les patients accueillent généralement cette technologie avec enthousiasme, tandis qu'aux États-Unis et en Europe, les tests sur le corps humain suscitent plus de réserves.