Pékin a franchi une nouvelle étape dans le conflit commercial qui l’oppose à Washington en inscrivant dix entreprises américaines, dont les deux principaux producteurs de terres rares aux États-Unis – MP Materials et USA Rare Earth –, sur une liste de contrôle des exportations. Cette décision, annoncée par le ministère chinois du Commerce, interdit aux firmes chinoises d’expédier certains métaux et produits à double usage (civil et militaire) vers ces sociétés.
Les deux groupes visés sont au cœur des efforts de l’administration Trump pour reconstituer une chaîne d’approvisionnement nationale en aimants permanents, dont la production a presque disparu des États-Unis il y a un quart de siècle. Le Pentagone et d’autres agences fédérales ont injecté des centaines de millions de dollars dans ces entreprises. Les restrictions chinoises risquent de compromettre cette renaissance industrielle.
Des métaux critiques pour de nombreuses industries
Les matériaux visés par l’interdiction sont essentiels à la fabrication d’une vaste gamme de produits : automobiles, drones militaires, puces électroniques pour l’intelligence artificielle, lasers ou encore robots. La Chine contrôle près de la totalité de l’offre mondiale de ces éléments. Elle raffine plus de 98 % des terres rares lourdes, utilisées comme additifs dans les aimants, et environ 90 % des terres rares légères.
Ce durcissement intervient après plusieurs tentatives de dialogue entre les deux puissances. En octobre 2025, en marge d’une rencontre avec le dirigeant chinois Xi Jinping en Corée du Sud, Donald Trump avait indiqué que Pékin s’était engagé à reprendre les livraisons de métaux de terres rares aux États-Unis. Les autorités chinoises n’ont jamais confirmé publiquement cet accord. Un sommet bilatéral à Pékin le mois suivant n’a pas permis de débloquer la situation.
Un contexte multilatéral tendu
La décision chinoise survient alors que les dirigeants du G7, réunis la semaine précédente en France, se sont engagés à réduire leur dépendance vis-à-vis d’un fournisseur unique pour les importations de terres rares. Ils ont fixé un objectif : ne pas dépasser 60 % des importations provenant d’un seul pays d’ici 2030. Actuellement, la Chine fournit environ 90 % des terres rares légères au monde.
En avril 2025, Pékin avait déjà imposé des contrôles stricts sur l’exportation de sept éléments de terres rares – principalement des terres rares lourdes – ainsi que sur les aimants qui en sont issus, en les classant comme biens à double usage. Ces mesures avaient perturbé la production de voitures, d’équipements militaires et d’autres produits en dehors de la Chine.
Les entreprises ciblées
MP Materials exploite la principale mine de terres rares des États-Unis, située à Mountain Pass, en Californie. Elle possède également une grande raffinerie qui extrait quatre éléments de terres rares légères du minerai brut. La société construit actuellement des usines d’aimants au Texas, destinées à approvisionner General Motors, et a signé un accord pour fournir des aimants à des sous-traitants militaires.
USA Rare Earth a, de son côté, remis en service des équipements de fabrication d’aimants à Stillwater, dans l’Oklahoma, et a mené une série d’acquisitions pour bâtir une chaîne d’approvisionnement nationale. L’une de ces transactions, annoncée en avril, doit lui donner le contrôle de Serra Verde, une entreprise brésilienne qui a commencé à produire de petites quantités de dysprosium, une terre rare lourde utilisée dans les aimants résistant à la chaleur.
Ni MP Materials ni USA Rare Earth n’ont souhaité commenter la décision chinoise dans l’immédiat. Le département d’État américain n’a pas non plus répondu aux sollicitations.
Des tensions commerciales qui s’exacerbent
Cette mesure risque de relancer les tensions commerciales entre les deux pays, alors que Washington cherche à réduire sa dépendance stratégique vis-à-vis de Pékin. L’administration Trump a fait de la reconstitution d’une filière nationale de terres rares une priorité, mais les récentes restrictions chinoises montrent que Pékin est prêt à utiliser son quasi-monopole comme levier de pression diplomatique et économique.
Les dix entreprises américaines inscrites sur la liste incluent des sociétés ayant des liens directs avec l’armée américaine, renforçant le caractère stratégique de la décision. La Chine classe désormais ces métaux comme biens à double usage, ce qui lui permet de restreindre leur exportation sans violer officiellement les règles du commerce international.
Alors que la demande mondiale de terres rares ne cesse de croître, notamment pour les technologies vertes et l’électronique, la bataille pour le contrôle de ces ressources stratégiques semble loin d’être terminée.