Alors que les raffineries indépendantes en Chine réduisent leur activité à un niveau inédit depuis neuf ans, les autorités ont ordonné aux grands groupes pétroliers publics d’accroître ou de maintenir leur production de carburants. Cette consigne, dévoilée dans un document officiel récent, vise à garantir l’approvisionnement énergétique du pays dans un contexte de guerre prolongée au Moyen-Orient.

Les petits raffineurs chinois, souvent appelés « teapots », ont fortement contracté leur production ces dernières semaines, plombés par la raréfaction du brut iranien et la baisse des marges. Selon des données du secteur, leur taux d’utilisation des capacités serait tombé à environ 45 %, son plus bas depuis 2017. Cette chute s’explique en partie par la guerre entre l’Iran et ses voisins, qui a perturbé les routes d’approvisionnement et fait grimper les prix du pétrole.

Injonction gouvernementale

Dans ce climat incertain, Pékin a toutefois demandé aux raffineurs contrôlés par l’État – comme Sinopec, PetroChina et CNOOC – de ne pas réduire leur production, voire de l’augmenter. La directive officielle, rapportée par plusieurs sources proches du dossier, insiste sur la nécessité de « maintenir une production élevée de carburants » pour éviter des tensions sur le marché intérieur.

Cette double tendance illustre le paradoxe actuel du secteur pétrolier chinois : d’un côté, les acteurs privés, fragilisés par la hausse des coûts et l’absence de brut iranien à bas prix, réduisent la voilure ; de l’autre, les géants publics sont sommés de compenser cette baisse pour répondre à la demande domestique. Les autorités craignent en effet des pénuries de diesel et d’essence si la production totale venait à s’effondrer.

Conséquences sur les importations

La politique de maintien de la production par les raffineurs étatiques pourrait avoir des répercussions sur les importations chinoises de pétrole brut, qui ont déjà chuté à leur plus bas niveau depuis huit ans en juin. Les achats de brut pourraient en effet rester atones pendant plusieurs mois, car les stocks constitués précédemment permettent de faire face aux besoins immédiats.

Les indépendants, qui importent traditionnellement de grandes quantités de pétrole iranien et russe, peinent à trouver des approvisionnements alternatifs à un prix compétitif. De nombreux analystes estiment que leur activité pourrait encore se contracter dans les semaines à venir, à moins d’une résolution rapide du conflit en Iran.

Un équilibre fragile

L’injonction de Pékin n’est toutefois pas sans risque. Forcer les raffineurs publics à produire davantage alors que les prix du brut restent élevés pourrait peser sur leurs marges et, à terme, sur leurs résultats financiers. Mais pour l’instant, la priorité est clairement de sécuriser les approvisionnements énergétiques du pays, quitte à en supporter le coût.

Aucune donnée officielle n’a encore été publiée sur l’évolution réelle de la production des raffineurs étatiques depuis l’entrée en vigueur de cette directive. Les prochains chiffres hebdomadaires de l’Agence nationale de l’énergie permettront de mesurer l’impact de ces mesures sur l’équilibre global du marché pétrolier chinois.