Premier acheteur mondial de pétrole, la Chine a considérablement réduit ses importations de brut depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, une contraction qui freine la hausse des prix alors que près d’un cinquième de l’offre planétaire a été retiré du marché. Selon les statistiques douanières publiées par Pékin, les achats de pétrole brut chinois sont tombés au mois de mai à moins de 8 millions de barils par jour, contre une moyenne de 11,6 millions avant le début des hostilités. Il s’agit du niveau le plus faible depuis plus de huit ans.
Cette diminution s’inscrit dans le cadre des perturbations provoquées par l’offensive militaire conjointe américano-israélienne déclenchée le 28 février contre l’Iran. En réponse, Téhéran a fermé le détroit d’Ormuz, entraînant la perte de plus de 14 millions de barils par jour, ce qui constitue le choc d’approvisionnement le plus grave de l’histoire contemporaine. Le prix du baril est monté jusqu’à près de 120 dollars avant de redescendre, se maintenant au-dessus de 80 dollars, un niveau élevé mais bien inférieur aux 200 dollars que certains experts redoutaient.
« La réduction des importations chinoises de pétrole est l’une des principales raisons pour lesquelles les prix ne s’envolent pas actuellement », a expliqué Jason Bordoff, directeur fondateur du Centre sur la politique énergétique mondiale de l’université Columbia.
Des mesures combinées pour limiter la demande d’importations
Pour parvenir à cette baisse massive de ses achats extérieurs, la Chine a actionné plusieurs leviers. Elle a puisé dans ses immenses réserves stratégiques, dont la taille dépasse celle de tout autre pays, tout en réduisant le taux d’utilisation de ses raffineries et en recourant davantage au charbon, a indiqué Michal Meidan, responsable de la recherche sur l’énergie chinoise à l’Institut d’études énergétiques d’Oxford. « Le fait que la Chine, jusqu’à présent, n’ait pas eu besoin de se tourner de manière significative vers le marché pour obtenir des approvisionnements de substitution a limité les hausses de prix », a-t-elle ajouté.
La transformation du pays en première superpuissance mondiale des énergies propres a également contribué à réduire sa dépendance au pétrole importé. Par ailleurs, dans les semaines qui ont suivi le début du conflit, Pékin a restreint les exportations de gazole et d’essence, comme il l’avait fait après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, afin de conserver davantage de produits raffinés pour sa consommation intérieure.
D’autres facteurs pèsent sur les cours
La baisse des achats chinois n’explique pas à elle seule le plafonnement des prix. La production américaine de pétrole a atteint des niveaux records au cours des trois derniers mois. Une partie du brut continue également de sortir du golfe Persique, empruntant des pipelines terrestres, des pétroliers acceptant de payer des droits de passage à l’Iran ou des navires naviguant tous feux éteints pour échapper à la détection.
Alors que les prix du pétrole ont touché lundi leur plus bas niveau en trois mois, après l’annonce d’un accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre, les analystes jugent que la Chine continuera d’exercer une influence considérable sur le marché mondial. La reprise de ses importations dépendra notamment de l’évolution de la demande intérieure et de la politique énergétique du gouvernement chinois.