La Chine, premier acheteur mondial de pétrole, a fortement réduit ses importations de brut depuis le début du conflit au Moyen-Orient, une contraction qui contribue à limiter la flambée des prix sur le marché international. Selon des données douanières publiées par les autorités chinoises, les achats de pétrole du pays sont tombés en mai sous la barre des huit millions de barils par jour, soit le niveau le plus faible observé depuis plus de huit ans. Avant le déclenchement des hostilités, la Chine importait en moyenne 11,6 millions de barils par jour.
Ce recul massif intervient alors que la guerre déclenchée fin février par une campagne militaire conjointe des États-Unis et d’Israël contre l’Iran a provoqué la fermeture du détroit d’Ormuz, faisant perdre au marché plus de quatorze millions de barils par jour et créant la plus grave perturbation de l’approvisionnement pétrolier de l’époque moderne. Le cours du baril a bondi jusqu’à près de 120 dollars, loin toutefois des projections alarmistes de certains analystes qui évoquaient un baril à 200 dollars.
Un effet modérateur sur les cours
« La réduction des importations chinoises de pétrole est l’une des raisons les plus importantes pour lesquelles les prix ne s’envolent pas actuellement », a déclaré Jason Bordoff, directeur fondateur du Centre de politique énergétique mondiale de l’université Columbia. Si le baril se négocie au-dessus de 80 dollars, un niveau élevé, les analystes estiment qu’il pourrait être encore plus haut sans le repli de la demande chinoise.
Pékin a en effet puisé dans ses immenses réserves stratégiques, bien supérieures à celles des autres pays, réduit l’activité de ses raffineries et accru le recours au charbon, a expliqué Michal Meidan, responsable de la recherche sur l’énergie chinoise à l’Oxford Institute for Energy Studies. « Le fait que la Chine, à ce jour, n’ait pas eu besoin de se tourner massivement vers le marché pour des approvisionnements alternatifs a limité la hausse des prix », a-t-elle ajouté.
Plusieurs facteurs contribuent à la baisse de la demande
La transformation de la Chine en première superpuissance des énergies propres au cours des dernières années a également joué un rôle dans la diminution de sa dépendance au pétrole importé, selon les experts. Par ailleurs, Pékin a restreint ses exportations de gazole et d’essence, comme elle l’avait fait après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, afin de conserver ces produits pour sa consommation intérieure. Peu après le début du conflit au Moyen-Orient, le gouvernement a ordonné à ses principales compagnies énergétiques publiques de suspendre temporairement leurs ventes à l’étranger.
L’effondrement de la demande chinoise n’est pas le seul élément qui pèse sur les cours. La production américaine de pétrole a atteint des niveaux record ces derniers mois, et une partie du brut continue de sortir du golfe Persique via des oléoducs terrestres, des pétroliers acceptant de payer des droits de passage à l’Iran ou des navires naviguant sans transpondeur pour échapper à la détection.
Une atonie qui pourrait durer
Selon des observateurs du marché, la faiblesse des achats chinois de brut devrait se prolonger pendant plusieurs mois encore, en raison de la conjoncture économique intérieure et de la demande atone de carburants. Le tassement de l’activité industrielle et les mesures d’économie d’énergie prises par les autorités pèsent sur la consommation.
L’impact de la réduction des importations chinoises se fait sentir à l’échelle mondiale, même si les prix ont touché lundi un plus bas de trois mois après l’annonce d’un accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre. Les analystes estiment que Pékin continuera d’exercer une influence déterminante sur le marché pétrolier dans les mois à venir, quelle que soit l’évolution du conflit.
La réorientation énergétique comme levier
Le recul durable des importations chinoises illustre un changement structurel amorcé avant la crise : le pays accélère sa transition vers les énergies renouvelables et réduit sa vulnérabilité aux chocs pétroliers. Cette stratégie, combinée à la baisse conjoncturelle de la demande, renforce la position de la Chine comme acteur clé de l’équilibre offre-demande, capable d’influer sur les cours par sa seule abstention d’achat.