La Chine accélère sa conquête de la Lune. Dans le cadre de la préparation de ses futures missions lunaires habitées, le pays a envoyé un astronaute pour un séjour d’une durée exceptionnelle d’un an à bord de sa station spatiale Tiangong. Ce vol de longue durée, inédit pour la Chine, vise à étudier les effets physiologiques et psychologiques d’une exposition prolongée à la microgravité, conditions similaires à celles d’un voyage vers la Lune ou au-delà.
Un séjour record pour simuler les contraintes d’une mission lunaire
L’astronaute chinois, dont l’identité n’a pas été divulguée, séjournera douze mois dans la station modulaire Tiangong, dont l’assemblage a été achevé fin 2022. Ce palier est considéré comme crucial par les responsables du programme spatial chinois pour valider les technologies et les protocoles médicaux nécessaires à des missions habitées de longue durée. Jusqu’à présent, les séjours chinois dans l’espace n’avaient jamais dépassé six mois, la durée habituelle des rotations d’équipage. Le précédent national était détenu par la mission Shenzhou-15, qui avait duré environ six mois en 2022-2023.
La décision d’allonger le séjour s’inscrit dans la feuille de route de l’Administration spatiale nationale chinoise (CNSA) qui ambitionne d’envoyer des taïkonautes sur la Lune avant 2030. Les données recueillies pendant cette année en orbite basse permettront de mieux comprendre l’impact des radiations cosmiques, de l’isolement et de l’apesanteur sur le corps humain, autant de défis à relever pour un voyage aller-retour vers le satellite naturel de la Terre.
Un programme lunaire en pleine accélération
Parallèlement à ce vol longue durée, la Chine poursuit le développement du lanceur lourd Longue Marche 9 et du vaisseau spatial habité de nouvelle génération, capables d’emporter plusieurs astronautes jusqu’à la Lune. Pékin a également dévoilé un projet de base lunaire internationale, l’ILRS (International Lunar Research Station), qu’elle entend construire en collaboration avec la Russie et d’autres partenaires d’ici le milieu des années 2030.
La mission inhabituellement longue à bord de Tiangong constitue donc une répétition générale grandeur nature. Les équipes médicales au sol suivent en continu l’état de santé du taïkonaute et testent des contre-mesures contre la décalcification osseuse et les troubles cardiovasculaires. Les résultats de ces expériences serviront à définir les profils médicaux des équipages lunaires et les éventuelles adaptations nécessaires au vaisseau de descente lunaire, dont le premier vol d’essai sans équipage est attendu d’ici deux ans.
Une compétition spatiale pacifique mais soutenue
Alors que la NASA prépare son retour sur la Lune avec le programme Artemis, la Chine affiche une progression régulière et méthodique. Le séjour d’un an dans sa station spatiale s’ajoute à une série de succès récents, notamment le prélèvement d’échantillons du sol lunaire par la mission Chang’e-5 en 2020 et le déploiement d’un satellite relais sur l’orbite lunaire. Les autorités chinoises insistent sur le caractère pacifique de leur programme spatial, ouvert à la coopération internationale, même si la collaboration directe avec les États-Unis reste interdite par la législation américaine depuis 2011.
L’astronaute actuellement en mission rejoindra l’équipage permanent de Tiangong, qui compte trois membres. La rotation des équipages se poursuit normalement, la capsule de relève Shenzhou-19 ayant rejoint la station il y a quelques semaines. Le séjour d’un an étant une mission spéciale, le taïkonaute concerné pourrait revenir sur Terre avec le prochain équipage de relève, dans environ douze mois.
Vers une présence humaine durable sur la Lune
Avec cette expérience, la Chine entend démontrer sa capacité à maintenir des astronautes en bonne santé pendant des périodes équivalentes à la durée d’un voyage lunaire (environ trois jours aller, séjour de plusieurs jours à la surface, et trois jours retour). Les données acquises permettront également de préparer des missions de plus longue durée, comme un séjour sur la Lune lui-même ou, à plus long terme, un voyage vers Mars.
Le programme spatial chinois, qui a débuté avec le premier vol habité en 2003, a accompli des progrès rapides. La station Tiangong, opérationnelle depuis 2022, est le troisième habitat spatial habité au monde après Mir et la Station spatiale internationale. La Chine n’a pas encore annoncé officiellement la date précise de son premier alunissage habité, mais les déclarations des responsables suggèrent que l’objectif de 2030 est maintenu. L’actuel séjour d’un an en orbite basse en est la dernière pierre angulaire.