Le gouvernement chinois a durci, la semaine dernière, les règles encadrant les mouvements de capitaux vers l'étranger et instauré un mécanisme de filtrage pour les sociétés souhaitant se développer hors de ses frontières, selon des informations officielles. Ces dispositions, qui interviennent alors que SpaceX et OpenAI envisagent d'exclure les investisseurs chinois et hongkongais de leurs introductions en Bourse, prohibent les projets jugés stratégiquement sensibles.

Parallèlement, Pékin a renforcé son arsenal de contrôles à l'exportation et de restrictions sur les investissements, des mesures que des entreprises américaines et européennes décrivent comme des obstacles grandissants à leurs activités en Chine. Cette escalade réglementaire s'inscrit dans une dynamique plus large de désengagement économique et technologique entre les deux puissances.

Un contexte de découplage accéléré

Ces annonces chinoises font écho à une série d'initiatives américaines visant à entraver l'accès de la Chine aux technologies de pointe. Sous l'administration Trump, des droits de douane et des pressions avaient déjà été exercés pour délocaliser des chaînes de production. L'administration Biden a élargi ces efforts en limitant l'investissement américain dans les semi-conducteurs, le quantique et l'intelligence artificielle chinois.

Par ailleurs, la Commission parlementaire spéciale sur la Chine à la Chambre des représentants a récemment accusé JPMorgan Chase, Bank of America et Morgan Stanley de manquements à leur obligation de diligence lors de l'introduction en Bourse d'entreprises chinoises. SpaceX et OpenAI, qui comptent le gouvernement américain parmi leurs principaux clients, ont tout intérêt à se conformer aux attentes de Washington. SpaceX a ainsi généré environ 4 milliards de dollars de revenus l'an dernier grâce aux contrats publics, et OpenAI fournit des technologies d'IA aux systèmes classifiés du Pentagone.

Une exclusion volontaire mais emblématique

Selon plusieurs personnes informées des discussions, SpaceX a choisi d'écarter les investisseurs de Chine continentale et de Hong Kong de son introduction en Bourse prévue cette semaine. OpenAI devrait adopter une restriction similaire lors de sa propre entrée en Bourse plus tard dans l'année, après avoir déjà verrouillé ses levées de fonds privées aux investisseurs chinois.

Ces décisions, qui n'ont pas été officiellement motivées par les entreprises, interviennent sans que l'on sache précisément si elles résultent d'injonctions de l'administration Trump. Pour Aaron Bartnick, ancien responsable de la politique technologique à la Maison-Blanche sous Joe Biden, il s'agit d'une démarche volontaire qui illustre « non seulement le découplage commercial, mais aussi le découplage technologique et financier en cours entre les États-Unis et la Chine ».

Un précédent dans la finance internationale

Des banquiers de la région estiment qu'il s'agit probablement de la première fois que des investisseurs de Chine continentale et de Hong Kong sont exclus d'une introduction en Bourse américaine majeure. Jusqu'à récemment, ces investisseurs avaient pu participer à l'entrée en Bourse de Cerebras, un fabricant américain de puces dédiées à l'intelligence artificielle.

Han Lin, directeur du Asia Group et ancien banquier senior de Wells Fargo en Chine, a souligné que « ces restrictions reflètent une tendance plus large parmi les entreprises technologiques et d'IA américaines, de plus en plus réticentes à accepter des investissements chinois, en raison de préoccupations liées à la sécurité nationale, à la protection de la propriété intellectuelle et à la gouvernance des données ».

Un bras de fer stratégique

Le président chinois Xi Jinping a fait de l'autosuffisance technologique une priorité nationale, renforçant le contrôle de Pékin sur les chaînes d'approvisionnement et les industries critiques. Cette politique a consolidé la domination chinoise dans le commerce mondial tout en exaspérant les tensions avec Washington. Le récent durcissement des règles de sortie de capitaux s'inscrit dans cette logique, visant à empêcher le financement de projets étrangers jugés contraires aux intérêts stratégiques du pays.