Les Colombiens se rendent aux urnes ce dimanche pour élire le successeur du président Gustavo Petro. Quatorze candidats sont en lice, mais la compétition se résume à une confrontation entre trois figures : le sénateur de gauche Iván Cepeda, le chef d’entreprise Abelardo De La Espriella et la sénatrice de droite Paloma Valencia.

Iván Cepeda, l’héritier progressiste

Âgé de 63 ans, Iván Cepeda est donné en tête des intentions de vote selon un récent sondage du Centre national de consultation (CNC), qui lui attribue 33,4 % des suffrages. Proche de Gustavo Petro, il a promis de poursuivre les réformes sociales engagées par l’actuel chef de l’État, notamment la lutte contre la pauvreté. Il défend également la poursuite du plan de « Paix totale », une stratégie de négociation avec les groupes armés que ses critiques jugent inefficace face à la persistance des violences.

« La solution à ce conflit n’est pas la confrontation agressive. Cela ne fera qu’ajouter du sang versé », a déclaré Cristian Morales, un partisan de Cepeda rencontré à Bogota, illustrant l’attachement d’une partie de l’électorat à une approche de dialogue.

Abelardo De La Espriella, la tentation sécuritaire

Principal rival d’Iván Cepeda, Abelardo De La Espriella, 47 ans, mise sur un discours ferme contre la criminalité. Il propose un renforcement des opérations militaires et la construction de « mégaprisons », une politique inspirée de celle menée au Salvador par Nayib Bukele. Son programme séduit un électorat lassé par l’insécurité.

« Bien sûr, quand on agit avec une main de fer, il y a toujours des débats. Mais certaines personnes devront tomber pour nettoyer ce qui doit l’être », a confié María Eugenia, une couturière de 57 ans, favorable à la ligne dure du candidat.

Paloma Valencia, la candidate de la droite traditionnelle

Soutenue par l’ex-président Álvaro Uribe, Paloma Valencia arrive en troisième position dans les sondages. Si elle était élue, elle deviendrait la première femme présidente de l’histoire du pays. Son discours se situe dans la continuité de la droite conservatrice, mais sa dynamique électorale semble entravée par la montée de De La Espriella.

Un scrutin sous haute sécurité

Le vote se déroule dans un climat de tension. Les autorités ont interdit la vente et la consommation d’alcool dans les espaces publics afin de limiter les risques de débordements. Un important dispositif sécuritaire a été déployé. La menace d’actes violents plane sur ce scrutin, après l’assassinat l’an dernier du candidat Miguel Uribe Turbay lors d’un meeting à Bogota.

Un héritage contrasté pour Gustavo Petro

Cette élection constitue un référendum sur le mandat de Gustavo Petro, premier président de gauche de l’histoire colombienne. Son bilan est marqué par une volonté d’élargir la protection sociale et par des positions diplomatiques audacieuses, notamment son soutien aux droits des Palestiniens et ses critiques envers les frappes américaines contre des bateaux soupçonnés de transporter de la drogue. Ces positions lui ont valu des sanctions américaines sous l’administration Trump, qui l’a accusé, sans preuve, d’implication dans le trafic de stupéfiants.

Malgré ses réformes, la popularité de Petro a été entamée par les scandales et les doutes sur l’efficacité de sa politique sécuritaire. Le plan de « Paix totale » n’a pas enrayé la violence, mais ses partisans estiment qu’il s’agit d’une solution de long terme.

Perspectives du second tour

Si aucun candidat n’obtient plus de 50 % des voix ce dimanche, les deux meilleurs scores s’affronteront lors d’un second tour prévu le 21 juin. La question sécuritaire, qui oppose dialogue et répression, sera au cœur du débat.