Le nombre de détenus décédant dans les deux semaines suivant leur libération en Angleterre et au Pays de Galles a atteint un niveau sans précédent. Selon une analyse des rapports du médiateur des prisons et des services de probation (Prisons and Probation Ombudsman, PPO), 77 personnes sont mortes dans ce court laps de temps au cours de l'année 2025. Ce total est supérieur de 28 % aux 60 décès enregistrés l'année précédente et constitue le plus élevé depuis le début de la collecte de ces données en 2021.

Les spécialistes pointent du doigt une cause principale : la hausse du nombre de prisonniers relâchés sans solution de logement, un phénomène qu'ils qualifient de « trappes vers la crise ». L'analyse des rapports du PPO montre qu'un quart des personnes décédées avaient été libérées sans domicile fixe. Parallèlement, des données distinctes du ministère de la Justice indiquent que près de 13 000 individus ont quitté la prison pour se retrouver à la rue ou en situation de grande précarité résidentielle au cours de l'année se terminant en avril 2025, soit une augmentation de 39 % par rapport à l'année précédente.

Des cas individuels illustrent cette tragédie. Robert Barraclough, incarcéré à la prison de Nottingham (HMP Nottingham) pour une peine de 19 mois pour coups et blessures et dégradations, a exprimé ses craintes de se retrouver sans logement dans les semaines précédant sa libération. Il a confié à des membres du personnel redouter de devoir dormir sous une tente et a commencé à s'automutiler. Bien qu'il se soit montré initialement optimiste à l'idée de retrouver sa famille et de travailler dans l'entreprise d'échafaudages d'un ami, son état mental s'est dégradé face à l'absence de garantie d'un toit. Il a déclaré à son accompagnateur ne pas vouloir vivre dehors, affirmant n'avoir « plus rien » et avoir l'intention de mettre fin à ses jours. Sa demande d'admission dans plusieurs « établissements agréés » (approved premises) de probation a été rejetée.

Les experts estiment que ce phénomène est le résultat de plusieurs facteurs conjugués. La sortie de prison représente une période de vulnérabilité extrême, où les anciens détenus doivent reconstruire leur vie avec un accès limité aux ressources et un soutien souvent insuffisant. Le manque de logements disponibles est considéré comme un élément déclencheur majeur, laissant de nombreux libérés sans filet de sécurité. Les autorités sont appelées à réagir face à ce que beaucoup décrivent comme une crise évitable. Les rapports du médiateur des prisons continuent de mettre en lumière des failles systémiques dans l'accompagnement à la sortie, en particulier pour les personnes souffrant de troubles mentaux ou de dépendances.

Cette situation soulève des questions sur l'efficacité des politiques de réinsertion et sur la capacité des services publics à prévenir ces décès, qualifiés par les experts d'« évitables ».