L'économie nord-coréenne, l'une des plus singulières au monde, repose de manière écrasante sur la Chine. Selon les estimations du National Committee on North Korea, un institut de recherche basé à Washington, Pyongyang dépend de Pékin pour jusqu'à 95 % de son commerce total et 85 % de ses exportations. Ce lien quasi exclusif confère à la Chine une influence économique majeure sur le dirigeant nord-coréen, Kim Jong Un, d'autant que Washington chercherait à utiliser cet ascendant pour ramener Pyongyang à la table des négociations sur son programme nucléaire.
Un produit intérieur brut modeste
Le produit intérieur brut (PIB) de la Corée du Nord pour 2024 est estimé à 26,6 milliards de dollars (environ 22,9 milliards d'euros). Ce montant est environ 70 fois inférieur à celui de la Corée du Sud (1 860 milliards de dollars) et représente à peu près un cinquième du chiffre d'affaires annuel de NVIDIA, la première entreprise mondiale par sa capitalisation. Grâce à une économie planifiée qui privilégie la production intérieure, le pays n'affiche pas la même dépendance aux échanges que les économies de marché, les sanctions des Nations Unies imposées en 2017 en raison de son programme nucléaire et balistique ayant renforcé cette autarcie relative. Les importations et exportations nord-coréennes ne représentent ainsi qu'une fraction infime du PIB, alors que le commerce international constitue environ 80 % de l'économie sud-coréenne, selon les données de la Banque mondiale.
Les importations : hydrocarbures et biens de première nécessité
En 2024, les importations légitimes de la Corée du Nord se sont élevées à seulement 2,33 milliards de dollars, une somme modeste à l'échelle mondiale. La quasi-totalité de ces achats provient de Chine. Privé de production pétrolière nationale, le régime importe de Pékin du pétrole et d'autres carburants, indispensables au fonctionnement de son économie, ainsi que des denrées alimentaires, des textiles, des machines, de l'électronique et des véhicules. Ces livraisons chinoises sont vitales pour maintenir l'activité économique du pays.
Les exportations : une place prépondérante pour les perruques
Du côté des ventes à l'étranger, les chiffres sont encore plus modestes. D'après la Korea Trade-Investment Promotion Agency (KOTRA), les exportations nord-coréennes ont à peine atteint 360 millions de dollars en 2024. Les perruques et les faux cheveux constituent de loin le premier poste d'exportation, représentant environ 40 % du total. Ces produits sont principalement expédiés vers la Chine, qui les réexporte ensuite vers le reste du monde. Après l'imposition des sanctions qui ont bloqué les exportations traditionnelles de charbon et de minerais, la Corée du Nord s'est tournée vers la fabrication de perruques, un secteur non explicitement visé par les interdictions. Le pays dispose d'une main-d'œuvre abondante, peu coûteuse et souvent soumise au travail forcé, adaptée à cette activité industrielle à forte intensité de main-d'œuvre et de faible technicité.
Autres biens et pertes de revenus
D'autres marchandises comme le tungstène et d'autres minerais, le poisson congelé, le fer, l'acier et les composants de montres représentent chacun moins de 10 % des exportations du pays. Depuis l'entrée en vigueur des sanctions, Pyongyang a perdu environ 2,2 milliards de dollars de recettes d'exportation par an, selon KOTRA.
Levier diplomatique et visite présidentielle chinoise
Cette dépendance économique place Pékin dans une position de force. Des informations récentes, rapportées par l'agence de presse sud-coréenne Yonhap, indiquent que le président chinois, Xi Jinping, pourrait se rendre à Pyongyang dans les prochaines semaines. Ce déplacement, non confirmé par les autorités chinoises, aurait pour but de jouer un rôle de médiateur entre Donald Trump et Kim Jong Un dans le dossier du nucléaire nord-coréen. Washington chercherait ainsi à exploiter la puissance économique de la Chine pour ramener Pyongyang à la table des négociations.