La Cour suprême des États-Unis a rendu le 2 juin une décision d’urgence autorisant l’Alabama à appliquer, lors des élections de mi-mandat de novembre, une carte des circonscriptions fédérales qui élimine l’un des deux districts à majorité afro-américaine de l’État. Ce vote, acquis par six juges contre trois, constitue une victoire pour le Parti républicain et un nouveau coup porté aux protections électorales des minorités.
Le litige s’inscrit dans la continuité d’une bataille judiciaire de plusieurs années. En avril, la Cour suprême avait déjà affaibli un volet essentiel de la Loi sur le droit de vote de 1965 dans l’arrêt Louisiana c. Callais, en exigeant des plaignants qu’ils prouvent une intention discriminatoire pour contester un redécoupage. La décision du 2 juin confirme cette orientation restrictive.
Un tribunal fédéral composé de trois juges avait pourtant estimé, le 26 mai, que la carte proposée par l’Alabama avait été adoptée dans un but discriminatoire. Ce panel avait donc interdit son utilisation. La Cour suprême a infirmé cette décision, permettant à l’État de conserver un tracé qui réduit l’influence électorale des électeurs noirs.
Les défenseurs des droits civiques dénoncent une érosion progressive des outils juridiques permettant de lutter contre le gerrymandering racial. La carte contestée remplace un district où la population noire était majoritaire par une circonscription où ce groupe ne représente plus qu’une faible part de l’électorat, diluant ainsi sa capacité à élire un représentant de son choix.
Pour les républicains, ce redécoupage consolide leurs chances de conserver ou de gagner des sièges à la Chambre des représentants lors du scrutin de novembre. L’Alabama, État à forte composante conservatrice, compte actuellement six représentants, dont un seul démocrate. Avec la nouvelle carte, la délégation pourrait passer intégralement sous contrôle républicain.
La décision de la Cour suprême intervient alors que le pays se prépare pour des élections de mi-mandat jugées cruciales. Les démocrates, qui contrôlent la Chambre et le Sénat avec des majorités très étroites, perdent un levier important pour défendre leurs bastions dans le Sud. Les analystes prévoient que ce redécoupage pourrait influencer l’équilibre des forces au Congrès pour les années à venir.
Les partisans de la carte soutiennent qu’elle respecte les principes de compacité et de continuité géographique, et que la décision du tribunal de trois juges reposait sur une analyse subjective. Ils rappellent que la jurisprudence Louisiana c. Callais impose désormais un seuil de preuve plus élevé pour les plaintes fondées sur la Loi sur le droit de vote.
L’affaire pourrait encore connaître des rebondissements, mais pour l’instant la Cour suprême a tranché : l’Alabama peut organiser ses élections de 2026 avec la carte litigieuse. Les électeurs noirs de l’État, qui représentent environ 27 % de la population, voient ainsi leur poids électoral réduit dans le découpage fédéral.