La Croatie cherche à se positionner comme un hub énergétique régional, une stratégie destinée à réduire la dépendance de l'Europe centrale au pétrole et au gaz russes. Les autorités croates multiplient les investissements dans les infrastructures de transport et de stockage d'énergie, sur fond de tensions géopolitiques persistantes avec Moscou.
Un port pétrolier en pleine expansion
Au cœur de cette ambition se trouve le terminal pétrolier de l'île de Krk, sur la mer Adriatique. Ce site, qui dispose déjà d'importantes capacités de déchargement pour les pétroliers, fait l'objet d'une modernisation afin d'accroître son débit et de pouvoir alimenter un oléoduc reliant la Croatie à la Hongrie, puis à d'autres pays d'Europe centrale. L'objectif est de contourner le réseau de pipelines qui achemine traditionnellement le brut russe via l'Ukraine. Ce corridor adriatique permettrait, selon les planificateurs, de diversifier les sources d'approvisionnement en accueillant du pétrole en provenance du Moyen-Orient, d'Afrique du Nord ou des États-Unis.
Infrastructures gazières et stockage souterrain
Parallèlement, Zagreb mise sur le gaz naturel liquéfié (GNL). Le terminal flottant de regazéification situé sur l'île de Krk, mis en service il y a quelques années, constitue l'une des rares portes d'entrée pour le GNL en Europe du Sud-Est. Sa capacité devrait être augmentée dans le cadre des plans nationaux. La Croatie dispose également d'un vaste site de stockage souterrain de gaz, à Okoli, qui pourrait servir de réserve stratégique pour la région. Les autorités soulignent que ces installations offrent une flexibilité précieuse face aux interruptions d'approvisionnement.
Un projet soutenu par l'Union européenne
La Commission européenne a inscrit plusieurs de ces projets dans la liste des infrastructures énergétiques prioritaires, ce qui ouvre la voie à des financements et à une accélération des procédures administratives. Bruxelles voit dans cette initiative un levier pour renforcer la sécurité énergétique d'une zone encore très exposée aux livraisons russes. Des pays comme la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque, fortement dépendants du gaz et du pétrole provenant de l'Est, sont particulièrement concernés.
Des défis techniques et financiers
Reste que la concrétisation de ce hub énergétique se heurte à plusieurs obstacles. La modernisation du terminal pétrolier et la construction des conduites nécessaires exigent des investissements de plusieurs centaines de millions d'euros. Par ailleurs, les capacités actuelles du terminal GNL de Krk, bien qu'en augmentation, demeurent limitées au regard des besoins cumulés des pays d'Europe centrale. Les experts pointent aussi la nécessité de réaliser des interconnexions supplémentaires entre les réseaux de transport nationaux.
Enjeux environnementaux et acceptation locale
L'essor de ces infrastructures suscite des préoccupations environnementales. L'extension du terminal pétrolier et le trafic maritime accru pourraient avoir un impact sur l'écosystème adriatique. Des associations écologistes locales ont exprimé leurs craintes quant aux risques de pollution. Les autorités croates assurent que les études d'impact sont menées et que les normes environnementales les plus strictes seront respectées.
Une stratégie de long terme
Pour le gouvernement croate, cette transformation est un pilier de la politique étrangère et économique du pays. Zagreb espère renforcer son rôle géostratégique au sein de l'Union européenne et attirer des partenaires internationaux, notamment américains et moyen-orientaux. La guerre en Ukraine a accéléré la réflexion sur la sécurité énergétique en Europe, et la Croatie entend tirer parti de sa position littorale pour offrir une alternative crédible à la route terrestre russe. Le calendrier de mise en œuvre des différents projets s'étend sur les prochaines années, mais les premières étapes sont déjà engagées.