À l'occasion du sommet Choose France, la patronne du laboratoire Upsa a formulé une demande inédite auprès des autorités publiques : relever de 10 centimes le prix de la boîte de paracétamol, actuellement fixé à 76 centimes dans l'Hexagone. Elle justifie cette requête par la nécessité de préserver la souveraineté sanitaire nationale et d'assurer la pérennité de la production sur le territoire.
« En France, c'est 76 centimes, moins qu'une baguette de pain », a-t-elle souligné, comparant le coût du médicament à celui d'un produit de consommation courante. Elle a ajouté que cette marge supplémentaire permettrait de couvrir les surcoûts liés à une fabrication locale et de garantir un approvisionnement stable face aux crises sanitaires.
Un modèle économique sous tension
La dirigeante a précisé que si le gouvernement accédait à sa requête, elle s'engageait à produire l'intégralité de son paracétamol en France. Cette promesse vise à répondre aux critiques récurrentes sur la dépendance aux importations, notamment asiatiques, pour les molécules de base. Le laboratoire, qui possède des sites historiques dans le Sud-Ouest, affirme que cette relocalisation créerait des emplois et réduirait l'empreinte carbone du transport.
Upsa se heurte toutefois à un plafonnement réglementaire des prix fixé par le Comité économique des produits de santé (CEPS). Les médicaments remboursables, comme le paracétamol, voient leur tarif encadré par l'État dans le cadre de la maîtrise des dépenses de l'Assurance maladie. Une hausse de 10 centimes représenterait une augmentation significative d'environ 13 %, ce qui pourrait alourdir la facture collective.
Un contexte de tensions sur l'approvisionnement
Cette proposition intervient alors que la France a connu plusieurs épisodes de pénurie de paracétamol depuis la pandémie de Covid-19. La crise sanitaire a mis en lumière la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales et relancé le débat sur la relocalisation des industries stratégiques. L'exécutif a multiplié les annonces en faveur de la réindustrialisation, mais les arbitrages sur le prix des médicaments restent un point de friction.
La directrice d'Upsa a estimé que sans ce réajustement tarifaire, le maintien d'une capacité de production hexagonale deviendrait économiquement intenable. Elle a également indiqué que le coût des matières premières, de l'énergie et de la main-d'œuvre qualifiée avait fortement grimpé ces dernières années, érodant les marges déjà faibles du secteur.
Des réactions politiques partagées
La demande suscite des réactions contrastées au sein de la sphère politique et économique. Certains élus et syndicats y voient une occasion de renforcer l'indépendance sanitaire nationale et de sécuriser l'emploi industriel. D'autres s'inquiètent d'un précédent qui pourrait entraîner une hausse généralisée des prix des médicaments remboursés, pesant davantage sur les finances publiques.
Les associations de consommateurs redoutent pour leur part un impact sur le pouvoir d'achat des ménages, même si la somme en jeu reste modique à l'unité. Bercy et le ministère de la Santé n'ont pas encore officiellement répondu à cette interpellation, mais des sources proches du dossier évoquent des discussions en cours au sein du CEPS.
Une production nationale conditionnée
L'engagement de produire 100 % en France est présenté comme une contrepartie directe à la revalorisation demandée. Upsa s'appuie sur ses usines historiques d'Agen et de l'île de Ré pour justifier sa capacité à industrialiser cette promesse. Le groupe assure que la totalité de la chaîne, de la synthèse de la molécule au conditionnement, pourrait être rapatriée à moyen terme.
Cette annonce s'inscrit dans un mouvement plus large de relocalisation partielle de la production pharmaceutique, encouragé par des subventions publiques via le plan France Relance puis France 2030. Plusieurs groupes ont déjà annoncé des investissements dans l'hexagone, mais les volumes restent encore très en deçà des besoins nationaux.
Prochaines étapes
La décision revient désormais au CEPS, qui doit arbitrer entre la nécessité de garantir un accès aux soins à prix modéré et celle de préserver une filière industrielle stratégique. Si la hausse était acceptée, elle pourrait entrer en vigueur dans les mois à venir, après notification au Journal officiel. Upsa a indiqué qu'elle présenterait un plan industriel détaillé dès l'obtention d'un accord de principe.
En attendant, le prix de la boîte de paracétamol reste l'un des plus bas d'Europe, ce que la direction d'Upsa juge paradoxal au regard des coûts de production locaux. « Notre objectif est de faire en sorte que le patient français continue d'avoir accès à un médicament fabriqué près de chez lui », a conclu la dirigeante.