L'épidémie d'Ebola qui sévit en Afrique de l'Est pourrait prendre une ampleur historique et dépasser les précédentes flambées majeures, a alerté mardi le directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), Jean Kaseya. S'exprimant lors d'une conférence virtuelle réunissant chefs d'État africains et bailleurs de fonds internationaux au Burundi, ce responsable a prévenu qu'en l'absence d'une action rapide et déterminée, le nombre de cas et de décès risquait de s'accroître considérablement. « Si nous ne stoppons pas l'épidémie très bientôt, elle sera pire que ce que nous avons connu en Afrique de l'Ouest et dans l'est de la RDC », a-t-il déclaré.
Selon les autorités sanitaires, au moins 837 personnes ont été infectées dans la région, principalement en République démocratique du Congo (RDC), où 196 décès ont été enregistrés. Le virus a également franchi la frontière et contaminé des personnes en Ouganda, où 19 cas et deux morts ont été signalés. La souche en cause, le virus Bundibugyo, ne fait l'objet ni d'un vaccin ni d'un traitement ciblé homologué, ce qui complique la riposte.
Un contexte de défiance et de violences
Les équipes de secours se heurtent à des obstacles considérables. La défiance envers les autorités et l'insécurité chronique dans l'est de la RDC entravent leurs déplacements et leur capacité à identifier et prendre en charge les malades. « Nous courons après la maladie », a résumé Bruno Michon, responsable de la réponse Ebola en RDC pour la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Il a estimé qu'il faudrait des mois pour maîtriser l'épidémie, voire jusqu'à un an si les taux d'infection continuent d'augmenter.
Les autorités s'inquiètent particulièrement de la propagation du virus dans une zone où la stigmatisation et la désinformation éloignent les patients des centres de traitement, et où les mesures de santé publique se heurtent aux pratiques funéraires traditionnelles. Le non-respect des consignes sanitaires par une partie de la population aggrave le risque de transmission.
Un appel à la solidarité internationale
Lors de cette réunion d'urgence, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a exhorté les dirigeants africains et la communauté internationale à maintenir leur soutien. « Une action tardive peut transformer une épidémie localisée en une crise régionale et mondiale », a-t-il mis en garde, ajoutant que « notre réponse doit se concentrer sur la rupture de la transmission et l'arrêt d'Ebola à sa source. »
Parallèlement, les dirigeants du G7, réunis en sommet en France, ont publié une déclaration conjointe appelant à une « réponse coordonnée » pour contenir l'épidémie et apporter une aide humanitaire.
Un risque de sous-comptage
Les responsables sanitaires redoutent que les chiffres officiels ne reflètent qu'une partie de la réalité, la surveillance épidémiologique étant affaiblie par les difficultés d'accès aux zones touchées. Le foyer actuel est déjà l'un des plus importants depuis des décennies, et sa dynamique de transmission, couplée à l'absence de vaccin spécifique, fait craindre une flambée d'une ampleur inédite, qui pourrait surpasser celle de 2014-2016 en Afrique de l'Ouest (plus de 11 000 morts) et celle de 2018-2020 dans l'est de la RDC (plus de 2 000 morts).