Le gouvernement français a annoncé mardi qu’il interdisait l’entrée en France du ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich. Cette mesure, officialisée par le ministre français des Affaires étrangères, s’accompagne de sanctions contre quatre responsables d’organisations de peuplement et vingt et un colons identifiés comme violents.

Jean-Noël Barrot a justifié cette interdiction en accusant Bezalel Smotrich de promouvoir activement l’annexion de la Cisjordanie, la création de nouvelles colonies dans ce territoire, la « recolonisation » de Gaza, ainsi qu’un affaiblissement délibéré de l’Autorité palestinienne. Il a qualifié cette politique d’inacceptable pour la communauté internationale, attachée à la solution à deux États.

Cette décision française s’inscrit dans un mouvement coordonné avec plusieurs partenaires internationaux. Le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Norvège ont également pris des mesures similaires. Cinq pays – le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, la France et la Norvège – ont conjointement imposé des sanctions visant ce qu’ils appellent des « réseaux » impliqués dans le financement et la facilitation d’attaques de colons juifs contre des civils palestiniens en Cisjordanie occupée.

Des sanctions ciblées sur plusieurs fronts

Le Royaume-Uni a, pour sa part, annoncé des restrictions à l’encontre de six entités et d’un individu accusés de financer, d’encourager ou de perpétrer des violences de colons. Les mesures incluent le gel des avoirs, l’interdiction de voyage et, le cas échéant, l’interdiction d’exercer des fonctions de direction. Parmi les entités sanctionnées figurent une association apportant un soutien financier à des fermes et avant-postes de colons, ainsi qu’une entreprise de construction dont les ressources auraient servi à détruire des terres et des biens palestiniens.

Pour la première fois, les autorités britanniques ont également modifié leur guide officiel pour « déconseiller explicitement aux entreprises toute activité économique ou financière dans les colonies illégales », a précisé la ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, devant la Chambre des communes. Elle a déploré que le gouvernement israélien condamne parfois les violences de colons, mais que « cela sonne creux en l’absence de réelles mesures de responsabilisation ».

De son côté, la Norvège a annoncé l’interdiction d’entrée sur son sol de vingt colons violents. L’Australie et la Nouvelle-Zélande avaient déjà publié des sanctions coordonnées la semaine précédente.

Une escalade de la violence et de la colonisation

Les attaques de colons contre des Palestiniens et leurs biens ont fortement augmenté depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Selon les Nations unies, 1 835 attaques de colons contre des Palestiniens ont été recensées en 2025, entraînant des victimes ou des dégâts matériels dans environ 280 communautés de Cisjordanie. Au moins sept Palestiniens ont été tués et 832 blessés lors de ces incidents, ce qui représente une hausse de 130 % par rapport à l’année précédente.

Parallèlement, l’expansion des colonies s’est accélérée depuis le retour au pouvoir de Benyamin Netanyahou à la tête d’une coalition de droite, en 2022. Plus d’une centaine de nouvelles entités de peuplement ont été approuvées en Cisjordanie, selon l’organisation israélienne de surveillance Peace Now. Certaines existaient déjà sous forme d’avant-postes sans autorisation gouvernementale, avant d’être légalisées par la loi israélienne. Israël a construit environ 160 colonies abritant 700 000 Juifs depuis l’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est en 1967, où vivent environ 3,3 millions de Palestiniens.

La réaction d’Israël et de l’Autorité palestinienne

Le ministère israélien des Affaires étrangères a fermement rejeté ces mesures, les qualifiant d’« actes politiques déguisés en mesures contre la violence ». Dans un communiqué, il a estimé que ces sanctions visaient en réalité à imposer une position politique niant le droit des Juifs à s’installer en « terre d’Israël » et à influencer le conflit israélo-palestinien. Il a également accusé les pays concernés de nourrir l’antisémitisme.

En revanche, l’Autorité palestinienne a salué la déclaration conjointe du Royaume-Uni et de ses alliés, y voyant un rejet des « mesures d’annexion de la Cisjordanie » par l’occupation.

Bezalel Smotrich, membre du parti d’extrême droite Sionisme religieux, est le deuxième ministre israélien interdit de séjour en France en l’espace de quelques semaines. Le mois dernier, Paris avait déjà pris une mesure similaire à l’encontre du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, après qu’il s’était moqué d’activistes attachés par des soldats israéliens sur un bateau d’aide à destination de Gaza. Tous deux sont des piliers de la coalition gouvernementale de Benyamin Netanyahou. L’Irlande a également interdit l’entrée aux deux ministres ces derniers jours, tandis que le Royaume-Uni les avait déjà sanctionnés en juin 2025.