La France a franchi une nouvelle étape dans son ancrage militaire en Méditerranée orientale en signant avec Chypre un accord de statut des forces (Sofa), qui définit les règles encadrant le séjour et les opérations de ses soldats sur le territoire chypriote. L’accord a été paraphé lundi par la ministre française des Armées, Catherine Vautrin, et son homologue chypriote, en marge d’une réunion informelle du Conseil européen des Affaires étrangères consacrée à la défense. Selon la ministre, ce texte doit « fluidifier l’activité entre nos forces armées ».

Ce type d’accord, connu sous le nom de Sofa, fixe un ensemble de dispositions juridiques couvrant les conditions d’entrée et de séjour des forces étrangères, les règles fiscales et douanières, ainsi que les questions de juridiction pénale. Il ne constitue pas en lui-même une décision de déploiement de troupes supplémentaires ni la création d’une base militaire permanente, a précisé le ministère des Armées. Pour autant, les analystes soulignent que la signature d’un tel document est le signe d’une présence militaire régulière à venir. « On ne signe pas un Sofa avec tout le monde, c’est le prélude à une présence au moins régulière des troupes françaises sur place », explique Aris Marghelis, chercheur associé à la Fondation Méditerranéenne d’Études Stratégiques (FMES).

Chypre, point d’appui essentiel dans une zone sous tension

Chypre occupe une position géographique clé dans le bassin oriental de la Méditerranée, un carrefour de voies commerciales, énergétiques et migratoires. Depuis le début de l’opération américano-israélienne « Epic Fury », le 28 février dernier, la région a connu une escalade majeure. L’île a alors servi de pont humanitaire et de relais pour les missions de rapatriement. Les ports de Larnaca et de Limassol ont accueilli 21 escales de navires français depuis janvier, contre une trentaine par an en temps normal, a indiqué Catherine Vautrin. « Chypre est un point d’appui essentiel pour la conduite de nos opérations militaires en Méditerranée orientale et au Proche-Orient », a-t-elle ajouté.

La France a déjà démontré sa capacité à projeter rapidement des forces dans la région. Le 3 mars dernier, après que des drones ont visé la base britannique d’Akrotiri, à Chypre, Paris avait déployé en urgence un groupe aéronaval comprenant le porte-avions « Charles de Gaulle » pour manifester son soutien à Nicosie. « Lorsque Chypre est attaquée, c’est l’Europe qui est attaquée », avait alors déclaré le président Emmanuel Macron, affichant une posture de solidarité européenne.

Un précédent accord et des réactions contrastées

Cette signature intervient après celle, en décembre dernier, d’un partenariat de défense renforcé entre les deux pays. Le président français avait alors acté un rapprochement militaire avec Chypre, qui n’est pas membre de l’Otan et dispose de capacités conventionnelles limitées. La France y voit un moyen de réaffirmer sa présence en Méditerranée orientale, face à des puissances régionales comme la Turquie, qui stationne entre 40 000 et 50 000 soldats dans la partie nord de l’île depuis sa partition en 1974.

L’accord Sofa est perçu comme une provocation par Ankara. Le Premier ministre chypriote turc, Unal Ustel, avait qualifié le projet d’« extrêmement dangereux et provocateur » fin avril, lorsque Emmanuel Macron l’avait évoqué. Lundi, les contrôleurs aériens de l’aéroport d’Ercan, situé dans la zone nord, ont brouillé les fréquences radio pour perturber les vols des ministres français, grec et néerlandais à leur arrivée à Nicosie, illustrant les tensions persistantes autour de ce renforcement militaire.