Le parquet national antiterroriste (PNAT) a annoncé, vendredi 5 juin, l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « torture » et « crimes de guerre » à la suite des plaintes de ressortissants français qui affirment avoir subi des violences et des humiliations durant leur détention par les autorités israéliennes.

Cette procédure fait suite à un signalement du ministère des Affaires étrangères, intervenu fin mai. Les plaignants sont des membres de la flottille Global Sumud, interceptée en mer Méditerranée le 18 mai alors qu’elle tentait d’acheminer une aide humanitaire vers la bande de Gaza, soumise à un blocus naval israélien que des organisations internationales jugent illégal.

Des allégations de sévices multiples

Selon les témoignages recueillis, plusieurs activistes français ont décrit des traitements qu’ils qualifient de violents et dégradants. L’un d’eux a rapporté qu’un militaire l’avait touchée et giflée dans un conteneur obscur, évoquant la crainte d’un viol. Un autre a raconté que des détenus avaient été contraints de rester dans une « position de stress », genoux au sol et front contre terre, pendant plusieurs heures, alors que l’hymne national israélien était diffusé en boucle. La flottille Global Sumud affirme avoir documenté au moins quinze cas d’agressions sexuelles.

Les avocats des militants français ont indiqué leur intention de déposer une plainte distincte pour viol, torture et humiliation. À ce jour, deux des trente Français présents à bord de la flottille seraient toujours hospitalisés en Turquie.

La vidéo d’un ministre israélien au centre des critiques

L’affaire a pris une ampleur internationale après la diffusion, le 20 mai, d’une vidéo postée par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. On y voit des agents de police malmener des détenus, menottés et plaqués au sol, tandis que l’hymne israélien retentit. Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a jugé cette conduite « contraire aux valeurs et aux normes d’Israël » et ordonné « l’expulsion des provocateurs dès que possible ».

Plus de quatre cents personnes, originaires d’une quarantaine de pays — dont l’Italie, l’Espagne, l’Australie et la France —, avaient été interpellées lors de l’interception en eaux internationales. Plusieurs capitales ont condamné le geste du ministre israélien. La France a interdit l’entrée sur son territoire à Itamar Ben-Gvir, et le ministre irlandais de la Justice a également pris des mesures d’interdiction de voyage à son encontre, ainsi qu’à l’encontre d’un autre ministre israélien d’extrême droite, Bezalel Smotrich.

Déni des autorités israéliennes et réactions internationales

L’armée israélienne a démenti « les allégations d’abus » lors des opérations visant à protéger « le blocus naval légal de sécurité ». Le service pénitentiaire israélien a qualifié les accusations de « fausses et totalement dépourvues de fondement factuel ». De leur côté, des experts juridiques estiment que le traitement des activistes, tel qu’il apparaît dans la vidéo de M. Ben-Gvir, pourrait constituer une violation du droit international.

Suhad Bishara, directrice juridique du centre Adalah pour les droits des Palestiniens en Israël, a estimé que, selon les témoignages recueillis, il s’agissait du « cas le plus grave de mauvais traitements documenté au cours des dix dernières années, pouvant relever de la torture ». Francesca Albanese, experte de l’ONU sur le territoire palestinien, a quant à elle déclaré que le traitement réservé aux militants de la flottille constituait « un luxe par rapport à ce qui est infligé aux Palestiniens dans les prisons israéliennes ».

L’enquête française, ouverte par le parquet antiterroriste, vise à faire la lumière sur ces accusations graves dans un contexte de tensions diplomatiques accrues entre Israël et plusieurs de ses alliés européens.