Alors que Roland-Garros bat son plein, le paradoxe est frappant : la France, pays hôte du plus prestigieux tournoi sur terre battue, voit cette surface se raréfier sur son territoire. Selon des données récentes, la proportion de courts en terre battue en France est tombée à 16 % des quelque 31 000 terrains recensés par la Fédération française de tennis (FFT). Un chiffre qui contraste fortement avec celui d'autres nations européennes : en Espagne, en Italie ou en Suisse, la terre battue représente plus de 60 % des courts, et jusqu'à 80 % en Allemagne. Ces pays ont tous produit des vainqueurs de tournois du Grand Chelem ces dernières années.

Un déclin historique

Dans les années 1950, presque tout le tennis français se jouait sur terre battue. Mais dès le milieu des années 1970, cette part était tombée à 50 %. Le déclin s'est accéléré avec le boom du tennis initié par le plan « 5 000 courts » lancé en 1981 par Philippe Chatrier, alors président de la FFT. Ce plan, qui visait à permettre aux petites communes de construire leurs propres installations, a multiplié par dix le nombre de licenciés en France, passé de 100 000 dans les années 1960 à plus d'un million dans les années 1990. Cependant, la grande majorité des nouveaux terrains ont été construits en béton, une surface bien moins coûteuse et plus facile d'entretien. Ce boom du béton a même poussé de nombreux clubs à arracher leurs courts en terre battue pour les remplacer par du dur.

Les joueurs français en difficulté

Cette évolution a des conséquences directes sur les résultats des joueurs tricolores. Sur les 30 Français engagés dans le tournoi cette année, seuls neuf ont passé le premier tour, soit le troisième plus faible total des trente dernières années. Certains joueurs, comme Adrian Mannarino, sont même décrits comme « allergiques » à l'ocre. « En Espagne ou en Argentine, les enfants sont pratiquement élevés sur la terre battue », expliquent Benjamin et Pablo, deux supporters rencontrés à Roland-Garros. « Mais en France, on joue sur des courts en béton plein de trous. »

Cette « allergie » n'est pas nouvelle. En 2023, à l'occasion du 40e anniversaire de son sacre, Yannick Noah, dernier Français vainqueur du tournoi (en 1983), conseillait aux jeunes espoirs de quitter la France. « Il faut aller se nourrir ailleurs, parce qu'on a l'habitude de perdre à tous les niveaux », déclarait-il. « Tous les entraîneurs ont perdu. Aucun d'eux n'a gagné. Tu es entouré de gens qui ont tous perdu. »

Henri Leconte, dernier Français à avoir atteint une finale (en 1988), était encore plus direct : « Ils ne s'entraînent pas sur terre battue autant qu'on le faisait. Ils ont peur de jouer à Roland-Garros. Ils arrivent toujours avec une excuse, disant :