L’administration américaine s’apprête à modifier en profondeur les règles d’attribution des subventions fédérales pour la recherche. Selon des sources concordantes, le Bureau de la gestion et du budget (Office of Management and Budget, OMB) – l’organe chargé de superviser l’exécution du budget présidentiel – élabore un changement réglementaire qui lui transférerait un pouvoir d’approbation accru sur des milliards de dollars de financements scientifiques.

Cette initiative, qui n’a pas encore été officiellement dévoilée, est présentée par ses promoteurs comme un moyen de garantir une meilleure coordination des dépenses publiques. Mais elle suscite une opposition ferme parmi les chercheurs et les responsables d’universités, qui y voient une menace directe pour l’indépendance et l’intégrité de la science américaine.

Un transfert de décision sans précédent

Actuellement, les agences fédérales – telles que la National Science Foundation (NSF), les National Institutes of Health (NIH) ou le département de l’Énergie – disposent d’une large autonomie pour évaluer les projets de recherche et attribuer les subventions sur la base de l’examen par les pairs. Le nouveau mécanisme envisagé par l’OMB soumettrait ces décisions à un examen centralisé, donnant à la Maison-Blanche un droit de regard direct sur le choix des projets financés.

Dans un communiqué interne dont la teneur a filtré, l’OMB justifie cette évolution par la nécessité d’éviter les doublons et de s’assurer que l’argent public sert les priorités stratégiques du gouvernement. Les agences scientifiques devraient désormais obtenir l’aval de l’OMB avant de finaliser toute attribution de subvention d’un montant significatif.

« Détruire la science américaine »

La réaction du monde de la recherche ne s’est pas fait attendre. « Ce projet, s’il aboutit, pourrait détruire la science américaine telle que nous la connaissons », a déclaré un chercheur de premier plan, spécialiste des politiques scientifiques, interrogé sur l’impact potentiel de la réforme. Selon lui, la centralisation des décisions « rendra les nouvelles découvertes moins probables », car elle soumettrait le financement à des considérations politiques plutôt qu’à l’excellence scientifique.

Plusieurs grandes universités et sociétés savantes ont déjà fait part de leur opposition par des lettres adressées aux responsables de l’administration. Elles estiment que ce changement risquerait de politiser la recherche fondamentale, d’affaiblir la compétitivité du pays et de décourager les talents étrangers de venir travailler aux États-Unis.

Un précédent contesté

Ce n’est pas la première fois qu’une administration tente de reprendre la main sur les subventions scientifiques. Cependant, les observateurs notent que l’ampleur du contrôle envisagé par l’OMB serait inédite. Les critiques rappellent que le système actuel d’évaluation par les pairs, bien que perfectible, a permis aux États-Unis de rester à la pointe de la recherche mondiale pendant des décennies.

Certains juristes spécialisés en droit administratif s’interrogent par ailleurs sur la légalité de la procédure. L’OMB pourrait être tenu de passer par une phase de consultation publique et de soumettre son projet à une analyse d’impact, ce qui pourrait ralentir, voire entraver, la mise en œuvre du changement.

Des implications économiques et stratégiques

Au-delà des laboratoires, les répercussions économiques de la réforme sont également scrutées. Les États-Unis consacrent chaque année plusieurs dizaines de milliards de dollars à la recherche financée par des fonds fédéraux, un investissement qui irrigue l’innovation dans des secteurs clés comme la santé, les technologies de l’information, la défense ou l’énergie. Un changement dans les critères d’attribution pourrait modifier en profondeur le paysage de la recherche et, à terme, la capacité du pays à produire des innovations de rupture.

Les milieux d’affaires et les investisseurs en capital-risque, qui dépendent souvent des découvertes issues des laboratoires publics, suivent le dossier avec attention.

Prochaines étapes

Pour l’heure, l’OMB n’a pas encore publié de texte réglementaire formel. Les prochaines semaines devraient être décisives : si l’administration choisit d’avancer sur cette voie, une période de commentaires publics s’ouvrira, offrant une tribune aux opposants comme aux partisans de la mesure.

La communauté scientifique, de son côté, entend maintenir la pression. Des pétitions en ligne ont déjà recueilli des milliers de signatures, et plusieurs associations professionnelles préparent des actions de lobbying auprès du Congrès pour tenter de bloquer la réforme.

L’enjeu est clair : il s’agit de savoir qui, du pouvoir politique ou des pairs scientifiques, aura le dernier mot sur l’orientation de la recherche américaine.