Plus de quatre décennies après les faits, le parquet de Nanterre a décidé de confier l'affaire Robert Boulin au pôle « cold cases » du tribunal judiciaire. Cette unité, spécialisée dans les dossiers criminels non résolus, va donc se pencher à nouveau sur les circonstances de la mort de cet ancien ministre, figure de la droite sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing.
Le corps de Robert Boulin, alors ministre du Travail et de la Participation, avait été retrouvé le 30 octobre 1979 dans un étang de la forêt de Rambouillet. À l'époque, la thèse du suicide avait été officiellement retenue. Cependant, cette conclusion n'a jamais été acceptée par sa famille, qui a toujours milité pour une révision du dossier, arguant qu'il s'agissait d'un assassinat dissimulé.
Une décision judiciaire attendue
Cette relance intervient après des années de batailles procédurales. Les proches de l'ancien ministre, notamment sa fille Fabienne Boulin-Burgeat, ont multiplié les demandes de réouverture des investigations. Le parquet de Nanterre avait déjà ouvert une enquête préliminaire en 2024, mais celle-ci avait été classée sans suite. La nouvelle saisine du pôle « cold cases » marque donc un tournant décisif dans ce feuilleton judiciaire.
Selon des sources proches du dossier, les magistrats du pôle spécialisé vont pouvoir reprendre l'ensemble des éléments à zéro. Ils disposent désormais de moyens d'investigation modernes, notamment en matière de police technique et scientifique, qui n'existaient pas au moment des faits. L'objectif est de déterminer si de nouvelles analyses, sur des pièces à conviction conservées, peuvent infirmer ou confirmer la version initiale.
Les zones d'ombre persistent
Plusieurs éléments troublants avaient été mis en avant par la défense familiale. Robert Boulin, pressenti pour devenir Premier ministre, avait reçu des menaces dans les jours précédant sa mort. Des documents compromettants, liés à des affaires immobilières troubles, auraient pu lui être fatals. La présence de traces de produits toxiques dans son organisme, ainsi que des incohérences dans l'enquête de gendarmerie de l'époque, avaient semé le doute.
Le pôle « cold cases » de Nanterre, créé en 2022, s'est déjà illustré en rouvrant plusieurs affaires criminelles anciennes, parfois après plusieurs décennies d'impasse. Il bénéficie d'une équipe dédiée de magistrats, d'enquêteurs et d'experts. Pour l'affaire Boulin, il s'agira d'analyser les archives judiciaires, d'entendre d'éventuels témoins encore vivants et de procéder à d'éventuelles expertises complémentaires.
Une affaire à forte charge politique
Au-delà de l'aspect judiciaire, cette relance intervient dans un climat politique particulier. Robert Boulin était une figure influente du parti gaulliste. Sa mort, à laquelle avait succédé une controverse, a nourri de nombreuses hypothèses, y compris des thèses de complot visant à l'écarter de la scène politique. Aucune preuve formelle n'a jamais permis d'étayer ces scénarios, mais le simple fait que la justice rouvre le dossier relance les interrogations.
La famille de l'ancien ministre, qui a toujours dénoncé ce qu'elle considère comme une obstruction judiciaire, a salué la décision. Pour Fabienne Boulin-Burgeat, cette saisine du pôle « cold cases » représente un espoir de connaître enfin la vérité. Elle a souligné sa détermination à accompagner les nouvelles investigations jusqu'à leur terme.
Des suites possibles
Les premiers actes d'enquête pourraient intervenir dans les prochains mois. Les juges du pôle spécialisé devraient notamment se pencher sur des scellés conservés depuis 1979. Des analyses ADN, balistiques ou toxicologiques pourraient être ordonnées. Le travail s'annonce long, mais l'engagement du parquet de Nanterre est clair : tout mettre en œuvre pour faire la lumière sur ce décès qui continue de hanter la mémoire politique française.