Plusieurs des jeunes talents les plus en vue du football évoluant en Bundesliga ou dans d'autres grands championnats européens ne porteront pas les couleurs de l'Allemagne lors de la prochaine Coupe du monde. Des joueurs comme Ibrahim Maza (Bayer Leverkusen), Malik Tillman, Can Uzun (Eintracht Francfort), Josip Stanisic (Bayern Munich), Kenan Yıldız (Juventus) et Paul Wanner (PSV Eindhoven) ont tous été formés en Allemagne ou y sont nés, mais ils ont choisi de représenter une autre nation : la Turquie, l'Algérie, les États-Unis, la Croatie ou l'Autriche.

Ce phénomène, qualifié de « nation-hopping » (saut de nation), préoccupe vivement Andreas Rettig, directeur de la Fédération allemande de football (DFB). Selon lui, la plupart de ces joueurs sont des titulaires réguliers dans leurs clubs et certains figurent parmi les meilleurs à leur poste. Il souligne que les jeunes internationaux consacrent entre 50 et 70 jours par an à l'encadrement du DFB, ce qui représente un investissement considérable en temps et en ressources.

Un constat démographique et une crainte pour l'avenir

L'origine de ce phénomène réside en partie dans la démographie allemande. Andreas Rettig a indiqué que plus de 40 % des enfants de moins de cinq ans en Allemagne sont issus de l'immigration, ce qui leur offre la possibilité de choisir de jouer pour un autre pays que l'Allemagne. « Nous devons prendre ce problème au sérieux pour éviter de nous retrouver dans une situation où bon nombre des joueurs que nous avons formés vont chercher fortune ailleurs », a-t-il déclaré.

Le dirigeant craint que cette tendance ne s'accentue, ce qui priverait l'équipe nationale allemande de talents précieux à long terme. Les cas médiatisés, comme celui d'Ibrahim Maza, qui comptait 13 sélections avec les équipes de jeunes allemandes avant d'opter pour l'Algérie, illustrent cette inquiétude.

Un mécanisme d'indemnisation pour récompenser la formation

Pour endiguer ce phénomène, Andreas Rettig a présenté l'année dernière le projet d'un système d'« indemnité de formation » (training compensation). Le principe est de calculer précisément le coût de formation par joueur et par jour, aboutissant à une créance d'indemnisation. Ce montant serait communiqué de manière transparente à toutes les parties prenantes, avec l'objectif de rendre plus difficile le « débauchage » de joueurs par d'autres fédérations nationales.

« La formation doit être rentable, à la fois pour la personne formée et pour le formateur », a insisté Andreas Rettig, âgé de 63 ans. Il a ajouté souhaiter « développer un système dans lequel la formation est récompensée, et où nous pourrons ensuite réinvestir cette indemnité dans le développement à la base ».

Le directeur du DFB a précisé que son objectif n'est pas simplement d'obtenir une compensation financière pour sa fédération, mais de bénéficier à l'ensemble du monde du football. Il a déploré que certaines associations nationales « investissent plus d'argent, de temps et d'efforts pour recruter des joueurs qu'elles n'en investissent pour les former elles-mêmes ». Selon lui, cette évolution va dans la mauvaise direction. Un système transparent d'indemnisation de la formation, espère-t-il, pourrait freiner ce comportement et encourager un réinvestissement accru dans la formation locale des jeunes.

Un appel à une prise de conscience mondiale

Andreas Rettig a souligné la nécessité d'une prise de conscience collective : « Nous devons faire comprendre que chaque association doit investir dans la formation ». Sa proposition vise à créer un précédent pour valoriser le travail de formation accompli par les clubs et les fédérations, souvent mis à profit par d'autres sélections nationales sans contrepartie.

Le débat est désormais lancé au sein des instances du football allemand et au-delà, alors que la sélection nationale, qui disputera la Coupe du monde cet été, devra composer sans plusieurs des talents qu'elle a contribué à former. Le projet d'indemnité de formation, s'il voyait le jour, pourrait redéfinir les règles du jeu en matière de transferts internationaux de jeunes joueurs.