Un retour très attendu

Salman Rushdie renoue avec la fiction. L’écrivain, dont la vie a basculé en août 2022 lorsqu’il a été poignardé lors d’une conférence, publie « La Onzième Heure » (The Eleventh Hour), un recueil de nouvelles qui paraît ce 17 juin. Ce texte constitue son premier ouvrage de fiction depuis l’attaque. Il avait précédemment livré un récit autobiographique intitulé « Le Couteau » (Knife), dans lequel il revenait sur l’agression et ses séquelles.

Un monde vieux et menacé

Selon les premières critiques, l’auteur des « Versets sataniques » dépeint dans ces pages un univers crépusculaire. La mort est une présence constante, presque un personnage à part entière. Les récits mettent en scène des personnages confrontés à leur finitude, dans des situations où le grotesque et l’absurde le disputent à la cruauté. Le recueil serait traversé par une « joie mauvaise », selon l’expression de certains commentateurs, qui voient dans ce ton une rupture avec la veine plus allégorique des œuvres précédentes de Rushdie.

L’empreinte de l’attaque

Si « La Onzième Heure » n’est pas un récit direct de l’agression de 2022, l’expérience traumatique vécue par l’écrivain affleure dans la noirceur des nouvelles. Plusieurs lecteurs ont relevé des échos de la violence subie, transposés dans des univers fictionnels. L’auteur, qui a perdu l’usage d’un œil dans l’attaque, semble avoir puisé dans cette épreuve une énergie créatrice nouvelle, teintée d’un humour féroce.

Un recueil de nouvelles inattendu

Le choix du format de la nouvelle surprend, chez un romancier habitué aux vastes fresques narratives. Ce format bref lui permet d’explorer une multiplicité de tons et de situations, de la farce tragique à la satire sociale. Les critiques soulignent l’unité du recueil, où chaque texte fonctionne comme une variation sur le thème du temps qui s’achève – d’où le titre, qui évoque la dernière heure avant la fin.

Un écrivain toujours en vie

La publication de ce livre confirme que Salman Rushdie, malgré les menaces qui pèsent encore sur lui en raison de la fatwa iranienne de 1989, continue d’écrire et de publier. Il a fait savoir qu’il travaillait déjà à un nouveau roman. « La Onzième Heure » est salué comme un acte de résistance par la littérature, une affirmation de la vie face à la mort.

Réception contrastée

Les premiers échos de la critique sont partagés. Si certains saluent l’audace et la maîtrise stylistique de l’écrivain, d’autres regrettent un certain pessimisme systématique. Mais tous reconnaissent la puissance d’un livre écrit sous le signe de l’urgence existentielle. Le recueil, publié en anglais chez Penguin Random House, devrait être traduit en français dans les mois à venir.