Un rapprochement inattendu
Un vent de rapprochement souffle entre la droite conservatrice allemande et les Verts, pourtant rivaux déclarés lors de la campagne des législatives de 2025. Ce retour du dialogue, que la classe politique berlinoise surnomme « pizza connection », a refait surface ces dernières semaines, suscitant l’intérêt des observateurs.
À l’origine de cette renaissance, une invitation discrète : lors d’une réunion de l’ensemble des 85 députés fédéraux écologistes à Leipzig fin avril, Annegret Kramp‑Karrenbauer, ancienne présidente de l’Union chrétienne‑démocrate (CDU), était présente comme invitée. La nouvelle a été révélée presque incidemment par Franziska Brantner, coprésidente des Verts, avant une réunion du groupe parlementaire.
« Annegret Kramp‑Karrenbauer préside la Fondation Konrad‑Adenauer, qui travaille, comme nous, sur la question de savoir ce que nous pouvons faire pour empêcher la société de se désagréger en ce moment », a expliqué Felix Banaszak, l’autre coprésident des Verts. « Cela nécessite aussi une union du courant politique dominant. » La Fondation Konrad‑Adenauer est un think tank officiellement indépendant mais étroitement lié à la CDU.
Un passé de tensions
Il y a encore un an, l’idée d’une telle proximité semblait impensable sur la scène nationale. Lors de la campagne électorale de 2025, l’Union CDU‑CSU (Union chrétienne‑sociale, branche bavaroise) avait désigné les Verts comme l’un de ses principaux adversaires. À l’époque, les écologistes participaient à un gouvernement minoritaire avec le Parti social‑démocrate (SPD), après le départ de la coalition des libéraux du FDP (Parti libéral‑démocrate) à la suite d’un différend, ce qui avait provoqué des élections anticipées.
Le ton avait été donné par Friedrich Merz, alors candidat à la chancellerie et aujourd’hui chancelier. « Il n’y a plus de majorité de gauche et plus de politique de gauche en Allemagne », avait‑il lancé à Munich peu avant le scrutin, ajoutant qu’il ne ferait pas de politique « pour les doux dingues verts et de gauche de ce monde ». Ces propos avaient marqué durablement les relations entre les deux camps.
Retour aux sources : la « pizza connection » historique
Le terme « pizza connection » renvoie à une pratique née au milieu des années 1990, dans le paysage politique de l’époque où Bonn était encore la capitale fédérale. Des représentants de la CDU et des Verts, alors adversaires acharnés, se retrouvaient dans un restaurant italien de la ville rhénane pour discuter, hors des projecteurs, de leurs points de convergence et de divergence.
Parmi les figures écologistes présentes figuraient Cem Özdemir, aujourd’hui ministre‑président du Bade‑Wurtemberg, et Steffi Lemke, future ministre fédérale de l’Environnement. Du côté conservateur, on trouvait Peter Altmaier, futur ministre de la Chancelier Angela Merkel, et Norbert Röttgen, spécialiste de politique étrangère à la CDU, toujours influent. Malgré le nom resté dans le vocabulaire politique, plusieurs sources indiquent que des pizzas n’ont jamais été servies lors de ces réunions.
Un nouveau format, secret et berlinois
Après une année de relations glacées, une nouvelle « pizza connection » a vu le jour à Berlin, comme l’ont rapporté plusieurs médias allemands. L’identité des participants et le lieu exact des rencontres sont tenus confidentiels. Cette discrétion vise à permettre des échanges francs et à préserver le processus de rapprochement, encore fragile.
Les Verts, désormais dans l’opposition, et les conservateurs au pouvoir semblent vouloir dépasser les clivages récents pour répondre à ce que Felix Banaszak appelle « la nécessité d’une union du courant politique dominant » face aux risques de fragmentation de la société.
Quelles implications ?
Ce retour du dialogue informel entre deux formations autrefois irréconciliables au niveau fédéral pourrait préfigurer des alliances futures, que ce soit au Bundestag ou au sein des Länder. Toutefois, aucun agenda commun n’a été annoncé. Les participants insistent sur le caractère exploratoire de ces échanges. La « pizza connection » reste pour l’instant un symbole plus qu’un programme politique, mais elle témoigne d’une volonté de dépasser les rancœurs de la campagne de 2025 pour construire des ponts dans un paysage politique allemand en pleine recomposition.