Le commissaire de la Metropolitan Police, Sir Mark Rowley, a officiellement saisi la ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, pour obtenir une législation qui contraindrait les fabricants de téléphones à rendre les appareils volés techniquement inexploitables. Cette initiative vise à anéantir le marché secondaire des smartphones dérobés et, par conséquent, à réduire l’incitation au vol.
Sir Mark Rowley a déclaré que, si les téléphones volés ne peuvent être réactivés, leur valeur s’effondre, et avec elle l’intérêt des criminels à les dérober. Il a également demandé que les entreprises soient tenues de publier des données sur les appareils dérobés et sur leur éventuelle réactivation après le vol.
Coopération avec Apple et premiers résultats
La police métropolitaine a indiqué avoir entamé un partage de données avec Apple afin de dresser un « tableau global » du parcours des téléphones volés, notamment en détectant s’ils sont reconnectés à un réseau. Sir Mark Rowley a précisé que, grâce à cette collaboration, seule une minorité des appareils dérobés parvenaient encore à être réactivés, contre une situation bien plus problématique il y a quelques mois. Selon lui, cette évolution complique la tâche des malfaiteurs cherchant à tirer profit des reventes.
Kate Adams, vice-présidente senior chargée des affaires gouvernementales chez Apple, a affirmé que la sécurité des utilisateurs, de leurs appareils et de leurs données est au cœur des préoccupations de l’entreprise. Elle a souligné que les fonctions de sécurité déjà déployées réduisent considérablement la motivation des criminels à cibler les usagers. Apple a récemment déployé une mise à jour de son système d’exploitation : les actions sensibles — comme la consultation des mots de passe, des informations de carte bancaire ou l’effacement du téléphone — exigent désormais une vérification biométrique (Face ID ou Touch ID), rendant plus difficile la remise à zéro des paramètres d’usine nécessaire à la revente.
Les autres fabricants également sollicités
La Metropolitan Police a précisé que Samsung et Google sont également en train d’apporter des modifications de sécurité pour lutter contre ce fléau. Le commissaire Rowley avait déjà adressé un ultimatum aux entreprises technologiques en mars dernier, leur demandant de mettre en œuvre des mesures qui rendraient les téléphones volés moins attrayants pour la revente.
Chiffres encourageants mais situation préoccupante
Londres est largement considérée comme la capitale européenne du vol de téléphones. Entre 200 et 300 appareils y sont dérobés chaque jour, et la ville concentre jusqu’à trois quarts de tous les vols de téléphones en Angleterre et au Pays de Galles. Le commerce international des smartphones volés représente des millions de dollars : un appareil dérobé à Londres peut valoir davantage dans des pays comme la Chine, car il n’y est pas soumis aux restrictions gouvernementales imposées localement.
Néanmoins, la Metropolitan Police a enregistré une baisse significative du nombre de vols impliquant des téléphones : 14 000 cas de moins entre juin 2025 et mai 2026, soit une diminution de 18 % par rapport à l’année précédente. Dans le district de Westminster, où 69 % à 72 % des vols à la personne et des agressions impliquent chaque semaine des téléphones, la réduction atteint 45,8 % depuis le début de l’année.
Vers une obligation légale de désactivation
La demande formulée par Sir Mark Rowley auprès de la ministre de l’Intérieur ne se limite pas aux seuls fabricants : elle inclut une obligation légale pour toutes les entreprises de téléphonie de partager les données relatives aux appareils volés et d’appliquer des mesures de verrouillage effectives. Si la législation est adoptée, les smartphones dérobés deviendraient, selon les termes du commissaire, des « briques inutilisables », ce qui anéantirait le marché parallèle et, espère-t-il, ferait chuter le nombre de vols.