Une vaste campagne de surveillance par drones, imputée à la Russie, aurait ciblé des sites nucléaires et des bases militaires en Europe sur une période de dix-huit mois, selon une enquête publiée ce mois-ci. Les investigations, menées par plusieurs rédactions, documentent des dizaines de vols non autorisés au-dessus d'infrastructures critiques, notamment des centrales nucléaires et des dépôts d'armes atomiques.

Des vols systématiques au-dessus de sites sensibles

Les données collectées indiquent que des drones ont survolé à plusieurs reprises des installations abritant des armes nucléaires américaines, comme la base aérienne de RAF Lakenheath, au Royaume-Uni. Selon les informations recueillies, des appareils ont été détectés au-dessus de ce site dans les mois précédant l'arrivée d'armes nucléaires américaines. D'autres vols ont été signalés au-dessus de centrales nucléaires civiles en France, en Allemagne et en Belgique, ainsi que sur des sites militaires abritant des capacités nucléaires de l'OTAN.

Un réseau logistique sophistiqué

L'enquête suggère que ces opérations de surveillance ont été soutenues par un réseau logistique élaboré. Des analystes ont identifié des pétroliers faisant partie de ce qui est décrit comme une « flotte fantôme » russe, qui auraient servi de plates-formes de lancement ou de relais pour les drones. Ces navires, difficilement traçables, auraient sillonné la mer du Nord et la mer Baltique, zones proches des sites survolés. Le recours à cette flotte indiquerait une volonté de masquer l'origine des opérations et de contourner les systèmes de détection.

Des lacunes dans la défense aérienne mises en évidence

Les données recueillies mettent en lumière des failles dans la couverture radar et les capacités de défense aérienne de l'OTAN. Les drones auraient exploité des angles morts, notamment au-dessus de la mer du Nord, où la surveillance est moins dense. Certains vols auraient duré plusieurs heures et parcouru des centaines de kilomètres, ce qui suggère une planification minutieuse et une connaissance précise des dispositifs de sécurité européens.

Des réactions officielles prudentes

Les autorités des pays concernés ont réagi avec prudence. Des sources officielles ont confirmé avoir enregistré des incursions de drones au-dessus de sites sensibles, mais sans toujours pouvoir en attribuer formellement la responsabilité. Un porte-parole de l'OTAN a déclaré que l'Alliance « prend très au sérieux toute activité aérienne non autorisée à proximité de ses infrastructures » et qu'elle « renforce constamment ses capacités de surveillance et de défense ». De leur côté, les gouvernements français et britannique ont indiqué mener des enquêtes approfondies, tout en évitant d'accuser directement Moscou. La Russie n'a pas commenté ces allégations.

Des précédents inquiétants

Cette affaire intervient dans un contexte de tensions accrues entre la Russie et l'Occident, marqué par la guerre en Ukraine. Des incidents similaires de survols de sites sensibles par des drones ont déjà été rapportés par le passé, mais l'ampleur et la durée de cette campagne présumée seraient sans précédent. Les experts soulignent que la surveillance de sites nucléaires pourrait viser à cartographier les défenses en vue de potentielles actions offensives, ou à recueillir des renseignements sur les déplacements d'armes nucléaires.

Des implications stratégiques

La révélation de cette campagne soulève des questions sur la sécurité des infrastructures critiques en Europe. Plusieurs parlementaires européens ont demandé des auditions urgentes sur le sujet. Des voix s'élèvent pour réclamer un renforcement des moyens de détection et d'interception, ainsi qu'une coordination accrue entre les États membres de l'Union européenne et l'OTAN. L'enquête, qui repose sur l'analyse de données de vol, d'images satellite et de sources ouvertes, a été rendue publique par un consortium de médias internationaux.