La Cour de révision a rejeté la demande d’annulation de la condamnation de Raymond Mis et Gabriel Thiennot, deux hommes reconnus coupables du meurtre d’un garde-chasse survenu en 1946 dans l’Indre. La décision, rendue publique ce jeudi 2 juillet, met un terme à des décennies de contestations judiciaires et de mobilisations en faveur de la reconnaissance de leur innocence.

Un refus définitif de réhabilitation

Saisie par les parties civiles et les proches des deux accusés, la plus haute juridiction criminelle française a estimé que les éléments présentés ne constituaient pas un « fait nouveau » suffisant pour justifier un réexamen complet du dossier. La défense espérait obtenir la révision du procès, arguant de l’absence de preuves matérielles solides et de possibles erreurs dans l’enquête initiale.

Raymond Mis et Gabriel Thiennot étaient deux ouvriers agricoles âgés respectivement de 23 et 27 ans au moment des faits. Ils avaient été condamnés en 1946 par la cour d’assises de l’Indre pour le meurtre d’un garde-chasse, tué d’un coup de fusil. Leur peine de travaux forcés à perpétuité avait été réduite à vingt ans de réclusion en appel. Les deux hommes ont toujours nié toute implication dans cette affaire.

Un dossier marqué par de nombreuses zones d’ombre

L’affaire, plusieurs fois réexaminée, a suscité un vif émoi dans l’opinion publique. Des historiens et des juristes ont souligné les fragilités de l’accusation : absence d’arme du crime formellement identifiée, témoignages contradictoires révélés tardivement, et possible pression des autorités locales de l’époque sur les enquêteurs. Un rapport d’expertise balistique datant des années 2000 avait remis en cause la version officielle.

Malgré ces éléments, la Cour de révision a estimé qu’ils ne répondaient pas aux critères stricts fixés par le code de procédure pénale pour ouvrir une nouvelle procédure. Dans son arrêt, elle précise que les doutes soulevés par la défense ne suffisent pas à remettre en cause la culpabilité établie par les juges du fond.

Des proches déçus mais déterminés

À l’annonce de la décision, les descendants de Raymond Mis ont exprimé leur profonde déception. « Nous sommes face à un mur judiciaire », a déclaré l’un d’eux. « Nous continuerons à nous battre pour que la vérité éclate, même si la justice n’a pas voulu entendre nos arguments. »

L’avocat des parties civiles a indiqué ne pas exclure un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme, estimant que la procédure française n’avait pas respecté le principe d’un procès équitable.

Une affaire emblématique de l’histoire judiciaire

L’affaire Mis et Thiennot est devenue un symbole des possibles dérives judiciaires de l’après-guerre. Plusieurs associations, dont des collectifs de défense des droits de l’homme, avaient soutenu la demande de révision. Leurs arguments portaient sur le contexte politique de l’époque — des tensions locales liées au braconnage — et sur l’absence de preuves irréfutables.

Cette décision met provisoirement un point final à un combat judiciaire qui a traversé les générations. Les proches des deux hommes, âgés de plus de 80 ans aujourd’hui, n’auront pas obtenu la réhabilitation qu’ils espéraient. Mais le débat sur la fiabilité des procédures judiciaires anciennes reste ouvert.