Une interview sous tension
Lors de la promotion du film « La Bataille de Gaulle », une équipe de France 24 a été confrontée à une situation qualifiée d’inédite par la société des journalistes (SDJ) de la chaîne. Selon les informations recueillies, la journaliste chargée de l’entretien avec l’acteur Niels Schneider a posé une question sur une tribune récente dénonçant l’influence du milliardaire Vincent Bolloré dans le secteur cinématographique. Immédiatement après, son attachée de presse personnelle est intervenue pour exiger que la carte mémoire contenant l’enregistrement soit remise aux représentants de l’acteur.
« Sommée de rendre la carte mémoire »
La journaliste a expliqué avoir été « sommée » de restituer le support de stockage, sous prétexte que la question sur Bolloré n’était pas acceptable. L’équipe de tournage, sous le choc, a finalement dû obtempérer, ce qui a entraîné la perte de l’intégralité de l’interview. La SDJ a dénoncé des faits « d’une gravité inédite » dans un communiqué, estimant que cet incident illustre une pression croissante sur le travail journalistique, en particulier sur les sujets touchant à la famille Bolloré, propriétaire du groupe Vivendi, actionnaire majoritaire de la chaîne.
Autocensure et peur des représailles
Interrogée par ses collègues, la journaliste a confié que « les gens s’autocensurent par peur », évoquant un climat de crainte qui s’installe au sein de la rédaction. Elle a souligné que l’incident n’est pas isolé et que des pressions similaires sont régulièrement exercées pour éviter que des questions gênantes ne soient posées lors d’interviews. La SDJ a appelé la direction de France 24 à prendre des mesures pour garantir l’indépendance éditoriale et protéger les journalistes contre toute forme d’intimidation.
Une tribune qui agite le milieu du cinéma
La question qui a déclenché l’incident portait sur une tribune publiée ces derniers jours, signée par plusieurs dizaines de personnalités du cinéma français, dénonçant ce qu’elles qualifient de « mainmise » de Vincent Bolloré sur le septième art. Le texte critique notamment la concentration des médias et son impact sur la liberté de création et d’expression. L’acteur Niels Schneider, interrogé lors de la promotion de son film, n’a pas répondu à la question avant que l’entrevue ne soit interrompue.
Un précédent inquiétant
Ce n’est pas la première fois que des journalistes de France 24 se heurtent à des tentatives de censure liées à Vincent Bolloré. En 2023, une enquête avait déjà révélé que des sujets jugés sensibles étaient systématiquement évités dans les émissions de la chaîne. La SDJ craint que cette nouvelle affaire ne renforce l’autocensure au sein de la rédaction. Elle a réclamé une réunion d’urgence avec la direction pour discuter des garanties nécessaires à l’exercice du métier de journaliste dans le respect des règles déontologiques.
Réactions et silence de la direction
Contactée par plusieurs médias, la direction de France 24 n’a pas encore commenté publiquement l’incident. L’attachée de presse de Niels Schneider, mise en cause dans cette affaire, n’a pas non plus répondu aux sollicitations. La SDJ a indiqué qu’elle saisirait le conseil de déontologie journalistique si aucune mesure concrète n’était prise rapidement.
Un enjeu pour l’indépendance des médias
Au-delà du cas particulier de France 24, cette affaire relance le débat sur l’indépendance des rédactions appartenant à des groupes industriels ou financiers. Vincent Bolloré, via sa holding Vivendi, contrôle plusieurs médias en France et à l’international, dont la chaîne d’information en continu. Des associations de défense de la liberté de la presse ont déjà dénoncé à plusieurs reprises ce qu’elles considèrent comme une mainmise sur les contenus éditoriaux. La SDJ de France 24 espère que cet incident servira de signal d’alarme pour préserver la liberté d’informer.