La Serbie, qui a commandé des chasseurs Rafale à la France, a également pris livraison de missiles supersoniques et de systèmes de défense aérienne en provenance de Chine. Ce double approvisionnement illustre la volonté de Belgrade de diversifier ses équipements militaires, mais suscite l'inquiétude au sein de l'Union européenne, dont le pays est candidat à l'adhésion.
Une stratégie d'équilibre entre l'Ouest et l'Est
Depuis plusieurs années, le président serbe Aleksandar Vučić a multiplié les achats d'armes chinoises. En 2022, la Serbie a reçu le système de défense aérienne FK-3, une version d'exportation du système chinois HQ-22. Plus récemment, Belgrade a fait l'acquisition de missiles de croisière supersoniques antinavires, dont le déploiement sur le sol serbe constitue une première en Europe. Parallèlement, en 2024, la Serbie a signé un contrat avec Dassault Aviation pour l'achat de douze Rafale, des avions de combat polyvalents de fabrication française. Les premières livraisons sont attendues dans les mois à venir.
Ce choix fait de la Serbie le seul pays d'Europe à se fournir en matériel militaire auprès de la Chine, une singularité qui place Belgrade dans une position délicate vis-à-vis de ses partenaires européens.
Des tensions avec l'Union européenne
L'Union européenne, qui mène une politique de réduction de sa dépendance envers Pékin, voit d'un mauvais œil ces transferts d'armes. Plusieurs États membres ont exprimé leur mécontentement, estimant que la Serbie, en tant que candidate officielle à l'UE, devrait aligner sa politique de défense sur les positions communes. La proximité entre les futurs Rafale français et les missiles chinois sur les bases serbes est perçue comme un paradoxe stratégique, voire un risque de transfert de technologies sensibles.
Les voisins de la Serbie, notamment le Kosovo et la Bosnie-Herzégovine, suivent également avec attention ces évolutions militaires, d'autant que les tensions persistent dans les Balkans occidentaux. Le renforcement de l'arsenal serbe, tant par des équipements occidentaux que chinois, modifie les équilibres régionaux.
Les implications pour la défense européenne
Pour les experts, la double acquisition illustre la volonté de Belgrade de ne pas s'aligner exclusivement sur un camp. Tout en maintenant un dialogue avec l'UE et l'OTAN (sans en être membre), la Serbie entretient des relations étroites avec la Chine et la Russie. Les achats d'armes chinois permettent à Belgrade d'obtenir des systèmes performants à des coûts souvent inférieurs à ceux des équipements occidentaux, tout en renforçant ses liens diplomatiques avec Pékin.
Cependant, cette politique suscite des interrogations sur la sécurité des informations. Le déploiement de missiles chinois à proximité d'avions français pourrait poser des problèmes de protection des données et de secrets industriels, surtout si les systèmes sont interconnectés lors d'exercices conjoints.
Un précédent notable
La Serbie n'est pas totalement novice en matière d'acquisition d'armes chinoises. En 2020, elle avait déjà commandé des drones de combat CH-92A, livrés en 2021. Mais l'arrivée de missiles supersoniques et de systèmes sol-air de moyenne portée marque une escalade qualitative. Ces équipements confèrent à l'armée serbe une capacité de frappe et de défense que peu de pays des Balkans possèdent.
L'Union européenne n'a pour l'instant pas pris de mesures concrètes pour dissuader Belgrade, mais des sources diplomatiques indiquent que la question pourrait être abordée lors des prochains cycles de négociations d'adhésion. La Serbie, de son côté, assure respecter les normes internationales et ne pas violer les embargos régionaux.
Un équilibre périlleux
En cumulant Rafale et missiles chinois, la Serbie joue un jeu risqué. D'un côté, elle consolide ses liens avec la France et l'Europe, de l'autre, elle s'ouvre à une influence chinoise croissante dans sa sphère de défense. Cette position hybride pourrait, à terme, compliquer son intégration européenne et accroître les tensions avec ses voisins.
Alors que les premiers Rafale survoleront bientôt le ciel serbe, les missiles chinois, déjà en place, rappellent la complexité des alliances dans une région où les mémoires historiques et les rivalités restent vives. La Serbie semble vouloir rester un carrefour entre l'Est et l'Ouest, mais cette stratégie pourrait se révéler difficile à tenir.