Le président du Nicaragua, Daniel Ortega, a annoncé le 21 juillet 2026, lors d’un rassemblement à Managua, que son gouvernement ne tiendrait plus d’élections. « Nous avons pris la décision qu’il n’y aura plus d’élections au Nicaragua », a-t-il déclaré, ajoutant : « La seule élection, c’est la révolution. » Cette déclaration, faite devant des milliers de partisans, annule de fait le scrutin présidentiel et législatif prévu pour novembre 2027.

Ortega, âgé de 79 ans, dirige le pays d’Amérique centrale depuis 2007. Sa femme, Rosario Murillo, occupe le poste de vice-présidente. Le couple contrôle l’ensemble des institutions nicaraguayennes, y compris l’armée et la justice. L’abolition des élections institutionnalise une situation de fait : lors du précédent scrutin de novembre 2021, Ortega avait déjà été réélu pour un quatrième mandat consécutif après que l’Assemblée nationale a modifié la Constitution pour supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels. Cette réforme avait également abrogé l’obligation d’obtenir une majorité absolue pour l’emporter au premier tour, abaissée à 40 % des suffrages.

Un verrouillage total du système politique

Le pouvoir en place a systématiquement écarté toute opposition crédible. En 2021, les principaux rivaux d’Ortega, dont sept candidats potentiels, ont été arrêtés et accusés de « trahison » ou d’« atteinte à l’ordre constitutionnel ». Plusieurs d’entre eux ont été condamnés à de longues peines de prison lors de procès jugés non équitables par les organisations de défense des droits humains. L’opposition a également été neutralisée par la dissolution de partis, la fermeture de médias indépendants et l’exil forcé de nombreux militants et journalistes.

Depuis les manifestations de 2018, réprimées dans le sang – un bilan officiel contesté fait état de plus de trois cents morts –, Ortega a renforcé son emprise. Les États-Unis et l’Union européenne ont imposé des sanctions économiques et des interdictions de visa à l’encontre de plusieurs proches du pouvoir. L’annonce du 21 juillet confirme que le Nicaragua s’enfonce dans un régime à parti unique non électif, comparable à la Corée du Nord ou à la Biélorussie.

Une « révolution » sans contre-pouvoir

Lors de son discours, Ortega a justifié sa décision en présentant la révolution sandiniste comme l’unique source de légitimité. « La révolution est le pouvoir du peuple, et ce pouvoir ne se négocie pas par des bulletins de vote », a-t-il affirmé. Cette rhétorique s’appuie sur l’héritage de la lutte armée des années 1980, bien que le sandinisme historique fustigeait alors l’absence d’élections sous la dictature de la famille Somoza.

Avec cette annonce, Ortega balaie toute perspective d’alternance et verrouille son pouvoir jusqu’à sa mort. La Constitution ne prévoit plus de mécanisme de transition démocratique. L’Assemblée nationale, composée exclusivement de députés sandinistes et de leurs alliés, est désormais seule à pouvoir éventuellement désigner un successeur, sans aucune consultation populaire.

Réactions et conséquences

Aucune réaction officielle des chancelleries occidentales n’a été rendue publique dans l’immédiat. L’Organisation des États américains (OEA) avait déjà suspendu la participation du Nicaragua en novembre 2021, dénonçant la mascarade électorale. Plusieurs observateurs estiment que cette suppression pure et simple des élections pourrait entraîner un durcissement des sanctions déjà en place.

Sur le plan intérieur, le mécontentement latent de la population, étouffé par la répression, pourrait éclater. Mais les forces de sécurité restent loyales à Ortega, et l’armée est dirigée par son fils, le général Juan Carlos Ortega. Le pays, déjà l’un des plus pauvres d’Amérique latine, subit une grave crise économique aggravée par l’isolement diplomatique.

Vers un règne à vie

Cette annonce marque un tournant historique pour le Nicaragua, qui perd son dernier attribut de démocratie même formelle. Daniel Ortega, qui a dirigé le pays pendant la guerre civile dans les années 1980 avant de revenir au pouvoir en 2007, semble déterminé à y rester jusqu’à la fin de sa vie. Son entourage ne cache pas que la priorité est désormais la succession interne au sein du parti sandiniste, dans un système qui rappelle celui des régimes autoritaires dynastiques.

Les Nicaraguayens qui espéraient une ouverture après des années de crise doivent désormais composer avec un horizon politique fermé. La seule élection, pour reprendre les mots du président, est celle d’un peuple contraint de suivre la voie tracée par son dirigeant.