Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées ou blessées ce 4 juin à Mogadiscio, où des factions armées se sont affrontées dans les rues de la capitale somalienne. Les heurts, qui se sont concentrés dans les quartiers sud de la ville, opposent les forces de sécurité fidèles au gouvernement et des milices loyales à l'opposition politique.

Les combats ont débuté en début de matinée, quand des unités de l'armée ont tenté de prendre le contrôle de zones tenues par des groupes armés liés à des responsables de l'opposition. Des détonations d'armes lourdes et d'armes automatiques ont été entendues pendant plusieurs heures, contraignant des milliers d'habitants à se barricader chez eux. Des tirs à l'arme lourde ont également ciblé le palais présidentiel, sans faire de victime parmi les occupants.

Cette flambée de violence intervient dans un climat politique extrêmement tendu. Le Parlement somalien a adopté le 30 avril une loi controversée prolongeant de deux ans le mandat du président, sans aucun dialogue avec l'opposition et en l'absence d'un scrutin organisé dans les délais constitutionnels. L'opposition dénonce une « dérive autoritaire » et a appelé à la désobéissance civile.

Les médias locaux évoquent plusieurs dizaines de morts depuis le début de la semaine, tandis que les hôpitaux de la ville sont débordés. L'organisation non gouvernementale Médecins sans frontières a fait état d'au moins 23 patients admis pour des blessures par balle, dont certains dans un état critique. Le bilan pourrait s'alourdir, des corps étant encore signalés dans les rues de la capitale.

Le président somalien a qualifié les milices de l'opposition de « rebelles » et promis de rétablir l'ordre. Il a accusé des figures de l'opposition de chercher à renverser le pouvoir par la force. « Le gouvernement défendra l'unité du pays par tous les moyens nécessaires », a-t-il déclaré dans une allocution télévisée. De son côté, l'opposition rejette toute responsabilité dans les violences et affirme que les forces loyalistes ont attaqué les premières.

Une médiation internationale sous pression

Les pays occidentaux, l'Union africaine et les Nations unies ont multiplié les appels au calme. L'émissaire spécial de l'ONU pour la Somalie a exhorté les parties à revenir au dialogue et à respecter le cadre constitutionnel. « La violence ne peut être une solution politique », a-t-il insisté. La Mission de transition de l'Union africaine en Somalie (ATMIS), déployée dans le pays, a renforcé la sécurité autour des principales institutions.

Des pourparlers sont en cours sous l'égide des États-Unis et de l'Union européenne pour tenter de dénouer la crise. Les médiateurs poussent à la tenue d'élections libres et transparentes, condition sine qua non pour la poursuite de l'aide internationale. La Somalie, fragilisée par des années de guerre civile et d'attaques des islamistes shebab, dépend largement de l'assistance étrangère pour financer son budget.

Un conflit qui s'enracine dans l'impasse électorale

La crise actuelle trouve son origine dans l'incapacité des dirigeants somaliens à organiser un scrutin présidentiel dans les délais. Le mandat du président a expiré en février 2023 sans qu'une nouvelle élection n'ait été préparée. Le prolongement décidé par le Parlement a été jugé inconstitutionnel par une partie de la classe politique et par de nombreux observateurs internationaux.

L'opposition, qui avait déjà boycotté le processus électoral, a formé un « conseil de salut national » et appelle à la mise en place d'un gouvernement de transition. Plusieurs anciens présidents et chefs de guerre, disposant de milices armées, sont impliqués dans le bras de fer avec le pouvoir en place.

Des conséquences humanitaires inquiétantes

Les affrontements aggravent une situation humanitaire déjà catastrophique. La Somalie est confrontée à une sécheresse historique qui menace des millions de personnes de famine. Les combats perturbent l'acheminement de l'aide alimentaire et médicale dans les zones contrôlées par les groupes armés. Les agences onusiennes ont suspendu certaines opérations dans les secteurs les plus touchés par les violences.

Les civils paient le prix le plus lourd. Des familles fuient les quartiers les plus exposés, rejoignant des camps de déplacés déjà surpeuplés aux abords de Mogadiscio. « On vit dans la peur constante », témoigne un habitant du quartier de Hodan, joint par téléphone. « On ne sait pas quand les tirs vont s'arrêter. »

Le Conseil de sécurité des Nations unies devrait se réunir dans les prochains jours pour discuter de l'évolution de la situation en Somalie. La communauté internationale craint que le chaos politique ne profite aux shebab, qui contrôlent de vastes zones rurales et mènent régulièrement des attentats dans la capitale.