La jeune pousse américaine Suno Inc., qui développe un outil de création musicale assistée par intelligence artificielle, annonce avoir levé 400 millions de dollars lors d’un nouveau cycle de financement. Cette opération valorise l’entreprise à environ 5,4 milliards de dollars, soit plus du double de la valorisation enregistrée lors du précédent tour de table, qui s’élevait à 2,45 milliards de dollars il y a environ sept mois.

Ce bond spectaculaire de la valeur de Suno intervient dans un contexte juridique tendu. La start-up fait en effet l’objet de plusieurs actions en justice intentées par des maisons de disques et des artistes, qui l’accusent d’avoir utilisé sans autorisation des enregistrements protégés par le droit d’auteur pour entraîner ses modèles d’intelligence artificielle. Les plaignants dénoncent une appropriation massive d’œuvres musicales pour bâtir un service commercial sans verser de compensation aux ayants droit.

Une croissance rapide malgré les contentieux

Fondée en 2022, Suno propose à ses utilisateurs de générer des morceaux de musique à partir de simples instructions textuelles, en quelques secondes. La plateforme a rapidement gagné en popularité, attirant des millions d’utilisateurs, amateurs comme professionnels, séduits par la facilité d’accès à la création musicale. Ce succès s’est traduit par une succession de levées de fonds auprès d’investisseurs technologiques de premier plan, convaincus du potentiel disruptif de l’IA générative dans le secteur musical.

Si le montant de 400 millions de dollars fraîchement levé témoigne de la confiance des investisseurs dans les perspectives de l’entreprise, il ne dissipe pas les inquiétudes juridiques qui pèsent sur son modèle d’affaires. Les procès en cours, notamment aux États-Unis, pourraient aboutir à des décisions de justice susceptibles de modifier profondément les règles d’utilisation des œuvres protégées pour l’entraînement des IA. Suno, pour sa part, défend sa technologie en affirmant que ses pratiques relèvent de l’usage loyal (fair use) et que la loi sur le droit d’auteur doit s’adapter aux nouvelles formes de création permises par l’IA.

Un secteur en pleine ébullition

Ce nouveau tour de table place Suno parmi les start-up d’IA générative les mieux valorisées du secteur culturel. L’entreprise est en concurrence directe avec d’autres acteurs comme Udio, également visé par des plaintes similaires, ou encore des géants technologiques qui développent leurs propres outils de création musicale. L’ensemble du secteur fait face à une pression réglementaire et judiciaire croissante, alors que les ayants droit cherchent à encadrer l’usage de leurs catalogues par les modèles d’IA.

L’afflux de capitaux chez Suno confirme toutefois l’appétit des investisseurs pour les applications créatives de l’intelligence artificielle, malgré les zones d’ombre juridiques. Pour les observateurs, la valorisation de 5,4 milliards reflète autant les espoirs placés dans la technologie que la rareté des opportunités d’investissement dans ce segment très disputé. Le bras de fer judiciaire en cours, susceptible de créer une jurisprudence majeure, sera déterminant pour l’avenir du marché de la musique générée par IA.