Les autorités suisses explorent une nouvelle voie pour moderniser leur défense antiaérienne. Face aux retards jugés excessifs dans les livraisons du système Patriot fabriqué aux États-Unis, le gouvernement helvétique a officiellement sollicité des informations auprès du consortium Eurosam, à l’origine du système Sol-Air Moyenne Portée / Terrestre de nouvelle génération (SAMP/T NG). Ce système franco-italien apparaît désormais comme une option crédible pour remplacer l’équipement américain.

Le Patriot, produit par le groupe américain Raytheon, était initialement considéré comme le favori pour renforcer la couverture aérienne de la Suisse. Toutefois, les délais d’approvisionnement, qui pourraient s’étendre sur plusieurs années en raison de la forte demande mondiale et des priorités stratégiques de Washington, ont poussé Berne à évaluer des solutions alternatives. Le SAMP/T NG, déjà en service dans les armées française et italienne, offre des capacités comparables – interception de missiles balistiques, de drones et d’aéronefs – avec une chaîne d’approvisionnement plus courte et une indépendance vis-à-vis du fournisseur américain.

Un contexte de hausse des dépenses de défense

Ce revirement intervient alors que la Suisse, pays traditionnellement neutre, accroît ses budgets militaires. En 2022, le Parlement a approuvé un plan d’investissement d’environ 6 milliards de francs suisses (6,15 milliards d’euros) pour moderniser ses forces, dont l’acquisition de 36 chasseurs F-35 auprès de Lockheed Martin. La défense antiaérienne terrestre constitue le deuxième pilier de cette modernisation, avec le remplacement des vieux systèmes Rapier et Bloodhound.

Le SAMP/T NG, développé par Eurosam (coentreprise de Thales, MBDA France et MBDA Italie), peut engager des cibles à une distance supérieure à 150 kilomètres et à une altitude de plusieurs dizaines de kilomètres. Son radar polyvalent et sa capacité à traiter simultanément de multiples menaces en font un système réputé pour sa flexibilité. La France et l’Italie l’ont déjà déployé dans le cadre de missions de l’OTAN et de protection de leurs propres territoires.

Les raisons des retards américains

Les difficultés de livraison du Patriot ne sont pas nouvelles. Washington doit faire face à une demande accrue de la part de plusieurs alliés, notamment en Europe de l’Est et au Moyen-Orient, où les conflits récents ont mis en lumière la nécessité de renforcer les boucliers antiaériens. Les chaînes de production, déjà sous tension, peinent à suivre le rythme des commandes. Ces contraintes ont conduit la Suisse à envisager une solution européenne, plus rapide à obtenir et moins dépendante des aléas géopolitiques américains.

Selon des sources proches du dossier, les autorités helvétiques ont adressé une demande formelle de renseignements à Eurosam, une étape préliminaire avant toute négociation. Aucun contrat n’a encore été signé, mais l’initiative marque un tournant dans la politique d’armement de la Confédération, qui privilégiait jusqu’ici les équipements américains.

Un marché européen en pleine effervescence

L’intérêt suisse pour le SAMP/T NG s’inscrit dans une tendance plus large de consolidation des systèmes de défense au sein de l’Union européenne. Plusieurs pays européens cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis des fournisseurs non européens, notamment dans le domaine des missiles et des radars. Le système franco-italien bénéficie déjà de commandes de l’armée de l’air française et de l’armée de terre italienne, ainsi que de l’intérêt d’autres nations comme la Roumanie ou l’Espagne.

Pour la Suisse, ce choix pourrait également renforcer sa coopération industrielle avec ses voisins européens, tout en garantissant une souveraineté opérationnelle accrue. Les prochaines semaines devraient être décisives : le gouvernement doit présenter au Parlement une évaluation comparative des deux systèmes, avant de lancer un appel d’offres formel.