La Syrie franchit une étape clé de sa transition politique avec la formation de son premier Parlement depuis le renversement du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024. Le chef de l’État par intérim, Ahmed al-Sharaa, a officialisé mercredi la liste des 70 derniers membres de l’Assemblée du peuple, complétant ainsi les 210 sièges de la chambre législative.
Une assemblée issue d’un scrutin indirect et de nominations présidentielles
Les deux tiers des députés (140) ont été élus en octobre 2025 par des collèges électoraux régionaux, un processus qui avait exclu la province méridionale de Soueïda, à dominante druze, en raison de tensions sécuritaires. Les élections dans cette région n’ont toujours pas de date. Le nord-est du pays, contrôlé jusqu’au début de l’année par les Forces démocratiques syriennes (FDS) – une alliance de milices dominée par les Kurdes –, a voté en mai dernier après la reprise de la zone par les forces gouvernementales.
Le président dispose du droit de nommer un tiers des parlementaires, soit 70 personnes. Les nouvelles nominations comprennent 15 femmes, portant à 22 le nombre total de femmes siégeant dans l’hémicycle – contre seulement six issues des élections. Treize des personnes nommées avaient été emprisonnées sous l’ancien régime. La liste inclut également des « proches de martyrs et des survivants de détention et d’attaques chimiques », selon Mohammed Taha al-Ahmad, président du Haut Comité pour les élections de l’Assemblée du peuple syrienne, ainsi que des universitaires, experts, professionnels, leaders communautaires et figures nationales reconnues pour leur intégrité. Parmi les noms cités figure l’actrice Rouzaina Lazkani.
Représentation des minorités et contestations
Le processus électoral a suscité des critiques. Plus de vingt partis kurdes ont rejeté les députés élus en mai dans le nord-est, dénonçant une « approche d’exclusion et de marginalisation ». Quatorze organisations de la société civile avaient également dénoncé, en 2025, un système « entaché de profondes lacunes structurelles », estimant que l’influence directe et indirecte du président sur le Haut Comité et les collèges électoraux rendait les élections symboliques. Elles redoutent que le pouvoir de nommer un tiers des députés et de remplacer tout élu déchu ne permette à l’exécutif de dominer une institution censée être indépendante et représentative de la volonté populaire.
Calendrier et enjeux
La nouvelle Assemblée tiendra sa première séance lundi prochain, date à laquelle les députés prêteront serment et éliront le conseil présidentiel du Parlement. Cette législature sera chargée d’adopter les lois durant la période transitoire.
La semaine dernière, le secrétaire général adjoint des Nations unies Claudio Cordone a averti le Conseil de sécurité que la transition syrienne se trouvait « à une phase critique, où opportunité et fragilité coexistent ». L’avènement de ce Parlement intervient alors que le pays tente de se relever de plus de treize années de guerre civile, qui a fait près d’un demi-million de morts.