Le canton de Zoug, en Suisse, confirme sa place de sanctuaire fiscal de premier plan en captant une partie de la clientèle fortunée qui quitte Dubaï. Alors que l’émirat subit une pression réglementaire et une concurrence accrue, plusieurs grandes fortunes choisissent de s’établir sur les rives du lac de Zoug, attirées par un impôt sur le revenu parmi les plus bas d’Europe et une fiscalité d’entreprise avantageuse.

Un exode motivé par des changements à Dubaï Longtemps perçu comme un paradis sans impôt sur le revenu, Dubaï voit son attractivité s’éroder. La mise en place d’un impôt sur les sociétés à 9 % depuis 2023, les exigences accrues en matière de substance économique et les inquiétudes sur la stabilité à long terme des Émirats poussent une frange de la communauté des expatriés fortunés à chercher une alternative. Zoug, qui offre un taux d’imposition des personnes physiques pouvant descendre sous les 15 % selon les communes, et un taux d’imposition des sociétés autour de 11,9 %, bénéficie de ce mouvement.

Les avantages comparatifs de Zoug Au-delà du seul critère fiscal, Zoug séduit par un environnement jugé plus stable et prévisible. Les autorités cantonales mettent en avant une sécurité juridique solide, une infrastructure de qualité et une proximité avec les places financières européennes. La discrétion bancaire, bien que moins absolue qu’avant les réformes de l’échange automatique d’informations, reste perçue comme un atout. Des family offices, des sociétés de gestion de patrimoine et des holdings y ont déjà élu domicile, renforçant l’écosystème dédié à la gestion des grandes fortunes.

Un positionnement qui interroge Ce transfert de résidents fortunés n’est pas sans soulever des questions éthiques et politiques. Des critiques rappellent que Zoug, comme d’autres cantons suisses, participe à une concurrence fiscale internationale qui prive d’autres États de recettes. Les autorités cantonales, de leur côté, rétorquent que leur modèle économique repose sur une faible pression fiscale compensée par une base d’imposition large et un endettement public très faible. Le canton affiche un excédent budgétaire récurrent et des finances publiques parmi les plus saines de la confédération.

Des chiffres et des transferts Plusieurs dizaines de contribuables très aisés auraient déjà posé leurs valises à Zoug en provenance directe de Dubaï ces derniers mois, selon des données issues des registres fiscaux. Les professionnels du secteur estiment que ce flux pourrait s’accentuer si l’émirat durcissait encore sa réglementation ou si les incertitudes géopolitiques régionales venaient à croître.

Un cercle vertueux pour l’économie locale L’afflux de ces nouveaux résidents a un impact direct sur certains segments de l’économie zougoise. Le marché immobilier de luxe connaît une demande soutenue, avec des prix qui restent élevés. Les commerces de prestige, les services de conciergerie, les écoles privées et les cabinets de conseil spécialisés enregistrent également une hausse d’activité. La croissance démographique de la ville de Zoug, déjà l’une des plus dynamiques de Suisse, est en partie attribuée à ce phénomène.

Un phénomène observé de longue date Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large de délocalisation des ultrariches, déjà observé avec l’arrivée de familles originaires de la City de Londres après le Brexit ou encore de certaines régions d’Asie. Zoug, souvent qualifiée de « Crypto Valley » en raison de la concentration d’entreprises liées aux actifs numériques, avait déjà attiré des entrepreneurs du secteur technologique. Le canton étend désormais son rayonnement à d’autres profils de grandes fortunes, notamment du Moyen-Orient.

Une concurrence qui s’intensifie Zoug n’est pas seul à convoiter ces contribuables. D’autres places comme Monaco, Singapour, les îles anglo-normandes ou encore certains États américains comme la Floride ou le Texas offrent des régimes fiscaux tout aussi attractifs. La Suisse conserve cependant une image de sérieux et de centralité géographique qui fait la différence pour les familles souhaitant rester à proximité du marché européen.

Un avenir sous surveillance Les experts interrogés soulignent que la pérennité de ce modèle dépendra de la capacité de la Suisse à maintenir un cadre fiscal concurrentiel face aux pressions internationales. L’OCDE, dans le cadre de son projet BEPS (érosion de la base d’imposition et transfert de bénéfices), suit de près les pratiques des petits cantons suisses. Zoug devra trouver un équilibre entre l’accueil de ces capitaux et le respect des normes de transparence exigées par les instances multilatérales. Pour l’heure, le canton semble avoir trouvé une formule qui attire les grandes fortunes tout en préservant un train de vie public enviable.