Une tendance marquée émerge au sein du capitalisme américain : des secteurs entiers de l'économie misent désormais sur la peur de l'effondrement mondial. De l'intelligence artificielle à l'industrie de la défense, en passant par les technologies de pointe, les entreprises intègrent des visions millénaristes dans leurs stratégies commerciales, capitalisant sur l'angoisse face à des scénarios catastrophiques.

Cette orientation, qualifiée de « tournant apocalyptique » par certains observateurs, traduit une mutation profonde des modèles d'affaires. Plutôt que de se concentrer uniquement sur l'innovation ou la croissance classique, des sociétés cherchent à monétiser les inquiétudes liées aux risques existentiels, qu'il s'agisse du dérèglement climatique, des pandémies, des conflits armés ou encore de l'intelligence artificielle incontrôlée.

Des secteurs clés en première ligne

Le domaine de la défense est particulièrement concerné. Des entreprises spécialisées dans les technologies militaires voient leur chiffre d'affaires progresser alors que les États et les particuliers cherchent à se prémunir contre des menaces perçues comme de plus en plus graves. Parallèlement, l'essor de l'intelligence artificielle génère à la fois des promesses de progrès et des craintes de déstabilisation majeure, ce qui pousse certains acteurs à proposer des solutions « de sécurité » ou « de contrôle » face à des scénarios dystopiques.

Ce phénomène ne se limite pas aux secteurs traditionnellement liés à la sécurité. Dans le monde des affaires, de nombreux entrepreneurs et investisseurs adoptent des discours alarmistes pour justifier des levées de fonds ou des valorisations élevées. L'idée sous-jacente est que préparer l'humanité à une éventuelle catastrophe – ou en tirer profit – représente un marché porteur.

Une économie de l'angoisse

Cette évolution interroge sur les ressorts psychologiques et économiques à l'œuvre. D'un côté, elle répond à une demande réelle de protection et de préparation face à des risques bien documentés. De l'autre, elle risque d'amplifier une culture de la peur où la prospérité économique dépend de la perpétuation d'un sentiment d'insécurité.

Les critiques soulignent que cette financiarisation de l'apocalypse peut détourner l'attention de solutions collectives et durables, au profit de réponses technologiques ou commerciales individuelles. Le débat reste ouvert sur la question de savoir si ce capitalisme « apocalyptique » prépare véritablement l'avenir ou s'il ne fait que refléter une société américaine de plus en plus angoissée par l'idée d'un effondrement global.