Un nouveau chapitre de l'histoire du Centre Pompidou s'écrit à Séoul. Le Centre Pompidou Hanwha, fruit d'un partenariat avec le conglomérat sud-coréen éponyme, a officiellement ouvert ses portes au public. Cette antenne doit contribuer à la diffusion de la collection d'art moderne et contemporain de l'institution française en Asie.
L'établissement, situé dans le quartier central de Jongno, prend place dans un bâtiment conçu par l'architecte Jean-Michel Wilmotte. Il se distingue par une structure tubulaire extérieure, clin d'œil au célèbre édifice parisien signé Renzo Piano et Richard Rogers.
Un partenariat public-privé qui interroge
Ce projet d'envergure repose sur un modèle économique reposant sur un investissement privé. Le groupe Hanwha, actif dans les secteurs de la chimie, de la défense et des énergies renouvelables, a apporté le financement nécessaire à la construction et au fonctionnement du musée. Son président, Seung-youn Kim, a souligné l'ambition de "rapprocher l'art et le public" et de "créer un nouveau pôle culturel" dans la métropole sud-coréenne.
En contrepartie, le nom du mécène figure dans la dénomination officielle du lieu. Cette pratique, courante dans le monde anglo-saxon mais moins répandue en France pour les institutions publiques, a suscité des critiques. Plusieurs voix se sont élevées dans le milieu culturel français pour dénoncer ce qu'elles perçoivent comme un abandon progressif de la souveraineté culturelle au profit d'intérêts privés. Des craintes ont notamment été exprimées sur un possible conditionnement des programmations futures par le partenaire financier.
Des collections mêlant influences orientales et occidentales
La programmation initiale du centre se veut le reflet d'un dialogue entre les cultures. Les espaces d'exposition, répartis sur plusieurs étages, accueillent aussi bien des œuvres majeures de la collection du Centre Pompidou que des pièces issues de fonds privés sud-coréens.
Le parcours permanent propose un mélange de figures historiques de la scène française – tels que Marcel Duchamp, Francis Picabia ou encore Pierre Soulages – et d'artistes contemporains de la péninsule, comme Lee Ufan, Kimsooja ou Do Ho Suh. La présentation alterne peinture, sculpture, photographie et installations vidéo, dans une scénographie pensée pour favoriser les va-et-vient entre les époques et les continents.
Un contexte économique inédit
Cette ouverture s'inscrit dans une période où les musées français cherchent de nouveaux relais de croissance à l'international. Le modèle des "antennes", déjà éprouvé par des institutions comme le Louvre avec son musée d'Abou Dhabi, permet de générer des revenus de licence et de renforcer le rayonnement culturel du pays.
Toutefois, la situation budgétaire de l'État français a été évoquée comme un élément ayant pesé dans la balance. Les restrictions budgétaires imposées à la culture depuis plusieurs années ont contraint le Centre Pompidou à diversifier ses sources de financement. Le contrat signé avec le groupe Hanwha était présenté par la direction du musée comme une nécessité pour assurer son avenir et sa capacité à soutenir la création contemporaine en France.
Réactions contrastées
Les autorités sud-coréennes ont salué l'arrivée du Centre Pompidou à Séoul, y voyant une opportunité de renforcer l'attractivité culturelle de la ville et de dynamiser le tourisme dans le quartier de Jongno. La présidente du conseil municipal de Séoul a qualifié l'événement de "moment historique" pour la scène artistique locale.
À Paris, les réactions sont plus partagées. Si certains élus et professionnels du secteur reconnaissent l'intérêt de diffuser la culture française à l'étranger, d'autres dénoncent un "risque de marchandisation" de l'art. Une pétition, lancée par des collectifs d'artistes et de critiques, a recueilli plusieurs centaines de signatures demandant davantage de transparence sur les clauses du contrat liant l'État et le groupe coréen.
Programmation événementielle
Pour marquer son ouverture, le Centre Pompidou Hanwha propose jusqu'à la fin de l'été une série d'événements spéciaux. Une grande exposition collective, intitulée "Dialogue des formes", réunit une quarantaine d'artistes français et coréens autour de la question du mouvement dans l'art. Des ateliers pédagogiques et des conférences sont également programmés, visant à toucher un public jeune et familial.
Le nouveau lieu prévoit par ailleurs d'accueillir des expositions temporaires renouvelées tous les six mois, afin de maintenir une offre culturelle dynamique. La direction du Centre Pompidou à Paris a indiqué que ces échanges réguliers permettront également de faire voyager certaines œuvres de la collection nationale vers la Corée, contribuant ainsi à la circulation des idées et des œuvres à l'échelle mondiale.
Un avenir à construire
L'ouverture de l'antenne séoulienne constitue un test pour le modèle de développement international des musées français. Son succès dépendra autant de sa fréquentation que de sa capacité à apaiser les craintes d'une dénaturation de la mission de service public au profit de logiques commerciales. L'équilibre entre l'indépendance curatoriale et les attentes d'un mécène privé sera scruté de près par les observateurs des deux côtés du globe.