Alors que les températures pourraient dépasser les 40 °C à Paris d’ici la fin de la semaine, une double alerte a été lancée sur l’état de préparation du système de santé français. Deux publications récentes, l’une émanant d’Oxfam et l’autre du cabinet de conseil Schneider Electric (SE Advisory Services), convergent pour décrire un tableau inquiétant : le changement climatique accroît déjà les risques sanitaires, tandis que les infrastructures hospitalières peinent à suivre.

Des pathologies aggravées par la chaleur

Oxfam, dans son étude intitulée « La fièvre monte », met en lumière un phénomène de « double peine climatique ». Le réchauffement, d’une part, multiplie les pathologies : en août 2025, les admissions aux urgences pour déshydratation sévère, coups de chaleur et évanouissements ont bondi de 40 % par rapport à la normale. Chaque année en France, la chaleur est désormais associée à près de 5 400 décès. Les canicules de sept jours augmenteraient de 70 % le risque d’insuffisance rénale aiguë, tandis que les journées les plus chaudes majorent de 7 % le risque de décès par infarctus.

Contrairement à une idée reçue, les plus jeunes ne sont pas épargnés. Selon Robin Ehl, auteur du rapport d’Oxfam, lors du dernier épisode caniculaire de mai, « les personnes les plus touchées par la chaleur avaient moins de 45 ans », en particulier les actifs travaillant en extérieur. La vigilance réduite due à la chaleur augmente également le risque d’accidents du travail.

Fumées de feux et maladies émergentes

Un autre danger encore sous-étudié, souligne Oxfam, est celui des fumées des feux de forêt, dix fois plus nocives que les pollutions routières ou industrielles. Elles peuvent émettre jusqu’à quatre fois plus de particules fines que l’ensemble du trafic de poids lourds en France. L’ONG a observé un pic d’admissions pour problèmes respiratoires aux urgences à Bordeaux lors des incendies de Landiras en 2022. Or, d’ici 2050, la France connaîtra des conditions propices aux feux de forêt huit jours par an en moyenne, soit deux fois plus que sur la période de référence 1976-2005.

Le réchauffement favorise aussi la propagation de maladies infectieuses, avec l’apparition de nouvelles zoonoses et la prolifération d’espèces vectorielles comme le moustique tigre. En 2025, le nombre d’infections au chikungunya recensées en France métropolitaine et en Corse a dépassé celui enregistré dans l’ensemble de l’Union européenne continentale au cours des dix dernières années.

Des infrastructures hospitalières vulnérables

Les structures de soins elles-mêmes sont menacées. D’après Oxfam, 37 % des hôpitaux sont situés en zones inondables. Par ailleurs, une évaluation du pôle conseil de Schneider Electric a estimé que 86 % des établissements de santé connaîtront au moins sept jours supplémentaires par an avec des températures intérieures dépassant un seuil critique, rendant les conditions de travail et de soin plus difficiles.

Des mesures jugées insuffisantes

Face à cette situation, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé un renforcement de la régulation des urgences, conditionnant l’accès à un appel préalable au 15. Mais de nombreux professionnels estiment cette réponse insuffisante. Interrogé par plusieurs médias, le personnel hospitalier craint que le système ne puisse tenir si la canicule se prolonge durant toute la saison estivale. Le plan national d’adaptation au changement climatique, bien que présenté comme une priorité, n’a pas encore produit d’effets concrets dans les établissements de santé.

Les deux rapports appellent à une prise de conscience urgente et à des investissements massifs pour adapter les hôpitaux aux réalités climatiques, sous peine de voir se multiplier les ruptures de soins et les drames humains.